Cercle d'Or en Islande : Thingvellir, Geysir, Gullfoss et mes détours préférés

Le Cercle d'Or, c'est le passage obligé de tout premier voyage en Islande. Trois sites, une seule route, une journée : la faille de Thingvellir, les geysers de Geysir, la cascade de Gullfoss. Facile d'accès depuis Reykjavik, la boucle attire des cars entiers toute l'année, et c'est exactement pour ça qu'il faut savoir comment s'y prendre.

Parce que le Cercle d'Or mérite mieux qu'une photo devant Strokkur montre en main parce que le bus doit bientôt repartir. C'est un concentré de volcanisme, de tectonique, de mythologie et d'histoire politique. Voici les trois sites principaux, quelques bonus qui valent le détour, et les histoires qui se cachent derrière les paysages.


Le Cercle d'Or regroupe trois sites au sud de Reykjavik : le parc national de Thingvellir, la zone géothermique de Geysir et la cascade de Gullfoss. Comptez une journée en voiture pour les trois, et prévoyez d'y aller tôt ou tard pour éviter les bus.




Thingvellir, la faille entre deux continents

La route entre Reykjavik et Thingvellir est, à mes yeux, l'une des plus belles du pays. Rien que pour ce trajet, je recommande de le faire en voiture plutôt qu'en excursion organisée : vous roulez à votre rythme, vous vous arrêtez quand un point de vue vous saute aux yeux, et vous profitez du site sans avoir à vous caler sur l'horaire d'un bus.

Le parc national s'étend tout autour du lac Thingvallavatn, le plus grand lac naturel d'Islande, qui occupe le fond même du rift. On y entre en général par la gorge d'Almannagjá, un long couloir de basalte qui fait office de paroi côté plaque nord- américaine, et qu'on descend à pied jusqu'au Lögberg, le Rocher de la Loi, l'endroit précis où les lois étaient proclamées à voix haute devant l'assemblée. Un peu plus loin, la petite église de Thingvallakirkja et la ferme voisine complètent le tableau : un des rares recoins du Cercle d'Or où on peut marcher longtemps sans croiser la moindre route, et un sentiment d’immensité du paysage qui me scotche à chaque fois.

Thingvellir, c'est le seul endroit au monde où l'on peut marcher physiquement entre deux plaques tectoniques, l'eurasienne et la nord-américaine, qui s'écartent d'environ 2,5 cm chaque année. C'est aussi ici que s'est tenu le premier Alþingi islandais en 930, le plus vieux parlement encore en activité au monde. Le site est classé à l'UNESCO, et franchement, il le mérite : il y a quelque chose dans cette faille, en particulier sur le chemin qui mène à la cascade d'Öxarárfoss, que je ne sais pas vraiment expliquer. Une forme de puissance qui dépasse le simple paysage.

Cette puissance-là n'est pas qu'une impression. Thingvellir a aussi été le théâtre d'épisodes beaucoup plus sombres de l'histoire islandaise, et le lieu où se sont joués des faits d'armes qu'on retrouve aujourd'hui gravés dans le bronze à Reykjavik. Si vous voulez plonger un peu plus loin dans cette couche invisible du site :

Et pour les amateurs de sensations aussi physiques que contemplatives : c'est aussi à Thingvellir que se trouve la faille de Silfra, le seul endroit au monde où l'on peut plonger ou faire du snorkeling directement entre deux plaques tectoniques. J’ai eu l’occasion de le faire une fois : je vous raconte toute mon expérience dans cet article qui debriefe mon expérience de snorkeling à Silfra.

Geysir, où l'eau explose (mais pas celle que vous croyez)

Petit aveu qui vous évitera ma déconvenue : je suis venue ici quatre fois avant qu'on installe enfin des pancartes avec le nom de chaque geyser, et avant ça, je m'extasiais devant Strokkur en étant persuadée d'admirer Geysir. Le vrai Geysir, celui qui a donné son nom à tous les geysers du monde, se trouve juste à côté, mais il est aujourd'hui quasi endormi et était si mal indiqué à l'époque que je suis passée littéralement à côté, quatre fois de suite, sans le voir. Celui qui fait le spectacle aujourd'hui, toutes les 5 à 10 minutes, c'est bien Strokkur, son voisin, un peu plus petit mais bien plus vivant, et donc beaucoup plus fun à regarder.

J'adore m'arrêter là. Il y a quelque chose d'hypnotisant à observer la surface de l'eau juste avant l'éruption : cette tension qui monte, ce bombement bleu qui gonfle sans qu'on sache exactement à quelle seconde ça va lâcher. On scrute, on attend. C'est un des moments du Cercle d'Or où le simple fait de regarder suffit à occuper une bonne demi-heure. Certaines éruptions sont majestueuses, d’autres un peu timides : mais si jamais celle que vous venez de voir ne vous a pas convaincu, vous n’avez pas à attendre longtemps pour en voir une autre.

Geysir, c'est en général ma deuxième étape de la journée, donc j'en profite pour m'arrêter boire un café au centre touristique du site. Il est loin d’être incroyable, mais ça fait le job pour une petite pause, surtout quand on a eu froid à attendre les éruptions pendant 45 minutes.

Gullfoss, la cascade dorée

Gullfoss est toute proche de Geysir… et dans un pays qui regorge de cascades toutes plus belles les unes que les autres, ce n’est pas celle qui a ma préférence.

Elle sort du lot pour son architecture en deux paliers, et son débit malgré tout impressionnant, avec un rugissement constant qui fait qu’on l’entend souvent avant de la voir.

Il y a du monde dès le point de vue du haut, et encore plus sur le sentier qui descend vers la chute inférieure. Ce sentier-là vaut le détour si vous voulez sentir les embruns sur le visage, quitte à repartir un peu mouillé, mais il n'y a clairement pas beaucoup de recoins pour profiter du site tranquillement.

Ce qui rend Gullfoss intéressante, au-delà du paysage, c'est son histoire. Au début du 20ème siècle, un projet de barrage hydroélectrique menaçait de noyer la cascade sous un réservoir. Sigríður Tómasdóttir, la fille du propriétaire du terrain, s'y est opposée avec une détermination assez folle : plusieurs allers- retours à pied jusqu'à Reykjavik (120km !), des démarches juridiques auprès de l'Althing, et la menace de se jeter du haut des falaises si le projet n'était pas abandonné. Le barrage n'a jamais vu le jour. Un mémorial en son honneur a été érigé en 1978 au sommet des chutes, là où elle guidait autrefois les visiteurs avec ses sœurs.

Les bonus du Cercle d'Or

Les trois sites principaux sont les trois plus courus, mais voici mes détours préférés quand je suis dans le coin :

Bruarfoss. Pour moi, l'une des plus belles cascades d'Islande, toutes régions confondues. Ce bleu-là ne ressemble à aucun autre. Et surtout, il y a beaucoup moins de monde qu'à Gullfoss, vraiment beaucoup moins. Deux façons d'y accéder : une randonnée plus longue depuis le parking historique, ou une petite marche rapide depuis l'accès le plus récent, qui par contre inclut quelques kilomètres sur une route cabossée. Ca fait partie du charme de l’aventure.

Kerið. Un cratère volcanique d'une soixantaine de mètres de profondeur, avec un lac turquoise au fond qui tranche complètement avec le rouge de la roche volcanique tout autour. Comptez une trentaine de minutes pour en faire le tour par le haut, ou un peu plus si vous descendez jusqu'au bord de l'eau. Une jolie promenade qui donne un peu l’impression d’être sur la lune.

Friðheimar. J'ai longtemps snobé cette ferme de tomates, en me disant que je n'allais pas perdre du temps à visiter des serres. J'y suis allée et j’ai vite compris que j’avais tort. C'est surprenant, chaleureux, et ça vaut largement les quelques minutes de détour.

Si vous avez envie de rencontrer les chevaux islandais, il n’est pas absolument nécessaire de chercher une adresse précise : ils sont partout dans la région, il suffit de s'arrêter sur le bord de la route et de tendre le bras. Si vous voulez creuser la race, son histoire et les meilleurs spots pour les observer : les chevaux islandais, la race et où les voir

Si vous avez envie d’un moment bien-être : les meilleurs lagoons d'Islande ne sont selon moi pas dans le Cercle d'Or, ils sont sur la côte. Mais après une bonne marche, si vous avez envie de faire trempette pour vous délasser, il y a plusieurs options très correctes. Pour voir plus clair sur les différentes expériences thermales, c’est dans cet article.

Et pour les curieux de folklore et d’histoires à dormir debout, sachez que les récits de huldufolk, ce peuple caché qui habiterait les rochers et les champs de lave, sont particulièrement vivaces dans cette région. Huldufolk, le peuple caché d'Islande

Voiture, excursion, horaires : comment bien s'organiser

Je recommande la voiture de location plutôt que l'excursion en bus, sur le Cercle d'Or comme sur le reste de l'Islande. C'est la meilleure façon de vivre les lieux à votre rythme, de vous arrêter là où vous en aurez envie, de découvrir des lieux hors planning. Bonne nouvelle : conduire sur le Cercle d'Or est facile. Les routes qui mènent à Thingvellir, Geysir et Gullfoss sont goudronnées de bout en bout, pas besoin de 4x4 ni de passer par une route F, une simple voiture de location suffit. La boucle se fait toute l'année, y compris en hiver : les routes du Cercle d'Or comptent parmi les premières déneigées du pays vu leur fréquentation. Elles restent parfois glissantes par endroits, donc mieux vaut adapter sa conduite. L'été reste la période la plus confortable, avec des routes dégagées et la lumière qui n'en finit pas. Le seul bémol concerne Bruarfoss : les derniers kilomètres jusqu'au parking se font sur une route non revêtue, praticable avec une voiture classique en été, mais qui demande un 4x4 en hiver, quand elle est enneigée ou verglacée.

Comptez une journée complète pour les trois sites principaux plus un ou deux sites bonus, sans courir. L'ordre dans lequel les enchaîner dépend surtout de la suite de votre trajet. Si vous repartez vers Reykjavik en fin de journée, partir dans le sens inverse des excursions organisées, en commençant par Gullfoss, puis Geysir, puis Thingvellir, permet de croiser les bus plutôt que de les suivre toute la journée. Mais si vous enchaînez avec la côte sud, comme je le fais en général en poussant jusqu'à Selfoss ou Hella, l'ordre classique, Thingvellir puis Geysir puis Gullfoss, a plus de sens.

Sur une seule journée dans le Cercle d’Or, soyons honnêtes, il est difficile d’optimiser pour croiser le moins de monde possible : les bus touristiques arrivent en milieu de matinée et repartent en fin d'après-midi. Le vrai levier, c'est l'heure de départ de Reykjavik : partir tôt permet de voir Thingvellir avant l'arrivée des groupes par exemple. Les sites secondaires, notamment Kerid et Bruarfoss, sont un peu plus préservés et même en milieu de journée l’affluence y est tolérable. Geysir et Gullfoss sont ceux qui gagnent le plus à être vus en fin de journée, après le départ des groupes.

Côté logement, deux logiques possibles. Être basé à Reykjavik, Selfoss ou Hella et faire le Cercle d'Or en une journée, en partant tôt le matin. Ou alors dormir directement dans le coin, à Laugarás par exemple, pour explorer plus en profondeur, sur deux jours plutôt qu'une seule journée serrée, et profiter des sites tôt le matin ou en soirée sans avoir de route à faire avant ou après.


Thingvellir, Geysir, Gullfoss : ce sont ces trois sites qui font du Cercle d'Or le circuit le plus visité d'Islande, et les bonus autour méritent tout autant le détour. C'est aussi ça, l'intérêt de cette boucle à l’est de Reykjavik : on peut la faire vite en une journée, ou prendre le temps d'en découvrir les couches plus discrètes, entre histoire, géologie et folklore.

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