Ayia Napa : la forêt sacrée devenue la capitale chypriote de la fête
Ayia Napa, ça veut dire "forêt sacrée" en grec. Un nom qui jure complètement avec l'image qu'on s'en fait : la station la plus festive de Chypre, réputée pour ses clubs et ses nuits qui ne finissent jamais vraiment. Et pourtant, au centre de cette ville qui ne dort pas, il y a un monastère du 16e siècle, littéralement à deux pas de la place qui concentre toute la vie nocturne.
Le nom Ayia Napa vient de ce monastère, construit autour d'une grotte où, selon la légende, une icône de la Vierge Marie fut retrouvée par un chasseur. Un lieu sacré, une station devenue synonyme de fête, et sous l'eau, une troisième couche : une forêt de sculptures immergées qui prolonge le mythe.
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Ayia Napa veut dire "forêt sacrée" en grec, du nom de son monastère du 16e siècle. Que faire à Ayia Napa au-delà des clubs : le musée sous-marin MUSAN, les grottes marines de Cape Greco et les plages de sable blanc. Une station balnéaire à double lecture, entre légende et vie nocturne.
Le monastère d'Ayia Napa, la forêt sacrée
Au 14 siècle, toute la région autour de l'actuelle Ayia Napa n'était qu'une épaisse forêt. Un chasseur y traquait un lièvre quand son chien disparut dans une grotte. En allant voir ce qui avait attiré l'animal, il découvrit une icône de la Vierge Marie, sans doute cachée là plusieurs siècles plus tôt, à l'époque des iconoclasmes byzantins, quand posséder une image sainte pouvait coûter cher (comprendre exil, torture ou mort).
L'histoire circula jusqu'à une jeune Vénitienne, très croyante, qui vint voir la grotte de ses propres yeux. Elle décida de s'y installer et fit construire sur place un monastère, une église et un pressoir à olives. Le sycomore qu'elle planta à l'entrée, au 16e siècle, est toujours debout.
J’y suis arrivée à pied par le nord, ma plongée du matin encore dans les jambes, la voiture garée plus haut. Le chemin le plus direct traverse ce que j'appellerai le mini Ibiza d'Ayia Napa : à 11h du matin, l'endroit est glauquissime, une succession de bars et boites à thème, jamaïcain, médiéval, R&B, théâtral, un bar de glace, un autre ambiance tatouage, le tout ceinturé de machines de fête foraine à l'arrêt. Pas franchement l'ambiance que je recherchais.
Et puis, au détour d'un virage entre deux boîtes de nuit, le monastère apparaît d'un coup. Le Hard Rock Café hurle sa musique juste en face, si bien que j'entre dans la cour avec du Madonna dans la tête. Ce qui, avec le recul, n'est pas si absurde que ça sémantiquement parlant.
Le monastère a traversé la domination ottomane sans être détruit et reste aujourd'hui l'un des mieux conservés de Chypre. Sa cour intérieure abrite une fontaine-puits en marbre du 16e siècle, entourée de figuiers centenaires et de bougainvillées. La chapelle, elle, est en partie creusée dans la roche : c'est le vestige direct de la grotte de la légende, avec une jolie façade percée d'une rosace.
Et curieusement, les remparts font parfaitement leur office : une fois à l'intérieur, plus une note du Hard Rock Café d'en face, silence quasi total. Le jour de mon passage, une exposition temporaire sur les mythes de Chypre y était installée. Difficile de tomber plus juste, vu le sujet de cet article.
Quoi faire à Ayia Napa ?
La place centrale, à deux pas du monastère
C'est là que se joue tout le contraste : la place qui concentre bars, clubs et enseignes lumineuses jusqu'au bout de la nuit se trouve littéralement collée au mur du monastère. Ayia Napa s'est construite dans les années 1970 autour du tourisme balnéaire, sur ce qui n'était jusque-là qu'un petit village de pêcheurs, et la fête est devenue son identité première pour toute une génération de vacanciers européens. Le décalage entre la grotte sacrée et les décibels du club voisin, c'est tout le sujet.
Que les choses soient claires : je n'ai rien contre l'endroit en soi. J'aime beaucoup le Hard Rock Café (ma garde-robe en témoigne), et la musique à fond ne me dérange pas par principe. Vu à 11h du matin, déserté, le quartier des bars a un côté franchement glauque, décor de fête foraine collés au monastère (d’ailleurs on voit quelques enseignes depuis la cour intérieur du monastère, ce qui me chagrine franchement). Le vrai sujet, ce n'est pas ce quartier en lui-même : c'est de le trouver littéralement collé à un monastère du 16e siècle. C'est ce grand écart-là qui reste, pas un jugement sur l'une ou l'autre.
MUSAN, la forêt sous-marine
Le fil rouge de la forêt sacrée se prolonge sous l'eau, à 200 mètres de la côte. MUSAN (Museum of Underwater Sculpture Ayia Napa) est le premier musée sous-marin de Méditerranée, créé en 2021 par le sculpteur britannique Jason deCaires Taylor. Plus de 90 œuvres, posées entre 8 et 10 mètres de profondeur, forment littéralement une forêt : des sculptures en forme d'arbres, des enfants qui jouent, des figures hybrides mi-humaines mi-végétales qui rappellent les créatures de la mythologie grecque. Rien n'est là par hasard : les enfants jouent à cache-cache entre les arbres, appareil photo à la main, objectif braqué sur les figures adultes, une façon de signifier notre décrochage collectif avec la nature depuis quelques décennies, et l'appel à renouer avec elle. Tout est fabriqué en matériaux neutres, pensés pour devenir un récif artificiel et faire revenir la vie marine sur un fond auparavant stérile.
Je l'ai fait en plongée (d’ailleurs si vous voulez creuser ce sujet plongée, j’ai tout regroupé dans un article), et c'est différent de tout ce que j'avais expérimenté jusque-là. Les statues sont dingues, mais ce qui frappe le plus, c'est la façon dont la nature se les réapproprie : une éponge bien implantée devient une moustache, un oursin malheureux devient une aisselle non épilée. Le musée n'est jamais figé, c'est bien tout le sujet : la mer termine le travail que le sculpteur a commencé. C’est sans nul doute un de mes plus gros coups de coeur à Ayia Napa.
Cape Greco, grottes marines et sentiers côtiers
À quelques kilomètres, le parc naturel du Cape Greco propose un paysage superbe sur ses falaises calcaires. Deux façons de le vivre : un parking dessert directement les points de vue les plus connus, comme l'arche de pierre Kamara tou Koraka, sculptée par l'érosion au-dessus des grottes marines dites des contrebandiers. Pour ceux qui veulent creuser davantage, les neuf sentiers balisés du parc permettent d'en faire une vraie randonnée côtière : prévoyez de quoi vous protéger du soleil.
Pour être tout à fait honnête, j’ai trouvé Kamara tou Koraka un peu surcotée, jolie sans plus. Le vrai souci, c'est que dès qu'un point de vue est un peu photogénique, il est envahi par des escadrilles entières de quads en excursions organisées. Le silence et l'espace qu'on imagine en regardant les photos, oubliez : Blue Lagoon vibre au rythme de la musique des yachts amarrés en contrebas, Fig Tree Bay est franchement urbaine avec sa rangée de restaurants, bars et clubs. Rien de rédhibitoire, mais autant venir sans se faire le film d'une nature intacte.
Nissi Beach et le littoral
Ayia Napa doit clairement sa réputation à ses plages, considérées parmi les plus belles de Chypre : sable blanc, eau turquoise, température idéale pour la baignade toute l'année ou presque. Nissi Beach, avec son îlot accessible à pied à marée basse, reste la plus connue.
Nissi Beach reste ma plage préférée de toutes celles que j’ai faites autour d’Ayia Napa, dans la catégorie plage urbaine assumée. Tout, du parking aux transats en passant par les douches, est pensé pour vous faire sortir la carte bleue, rien n'est gratuit ici. Mais le résultat est luxueux. Et non, aimer la mythologie n'empêche pas d'apprécier un transat confortable : les deux ne sont pas incompatibles, je vous l’assure !
Infos pratiques
Ayia Napa n'a pas d'aéroport propre : l'accès se fait par l'aéroport international de Larnaca, à une cinquantaine de kilomètres, soit environ 45 minutes de route. Des bus intercités relient les deux villes plusieurs fois par jour.
Perso, je logeais à Larnaca, et le trajet vers Ayia Napa se fait en moins d’une heure en voiture : c’est une excursion facile si vous avez pris un véhicule de location ! Si vous décidez de prendre un logement directement sur Ayia Napa, le réseau de bus est très efficace pour rayonner autour de la ville. Les taxis sont également relativement accessible : bon à savoir si vous êtes crevés après une plongée et que vous n’avez pas envie d’attendre un bus.
Où manger : deux registres qui font le grand écart
Avant les clubs et les enseignes lumineuses, Ayia Napa n'était qu'un village de pêcheurs. Napa Tavern se revendique comme la toute première taverne de la ville, installée dans une maison chypriote traditionnelle datant de 1932, largement antérieure au boom touristique des années 1970. Le genre d'adresse qui a connu l'avant et l'après, et qui a gardé le meilleur des deux.
À l'autre bout du spectre, Glasshouse, perché au sixième étage de l'Adams Beach Hotel, avec vue sur Nissi Beach et Cape Greco, cuisine méditerranéenne travaillée et coucher de soleil en prime. Deux façons radicalement différentes de manger à Ayia Napa, entre mémoire du village de pêcheurs et glam contemporain version rooftop. À chacun de choisir selon l'humeur du soir.
Ayia Napa, ce n'est pas qu'une capitale de la fête. C'est une forêt sacrée devenue ville, avec un monastère qui a traversé les siècles, une forêt sous-marine qui prolonge le mythe sous l'eau, et des falaises qui n'ont rien demandé à personne. Trois façons de la regarder autrement, une fois qu'on sait ce qu'elle raconte.
Envie de creuser le mythe une fois sur place, entre le monastère, MUSAN et les grottes de Cape Greco ? Le roadbook Chypre, entre mythe et vieilles pierres rassemble tout ça avec les adresses et le rythme pour visiter Ayia Napa sans se contenter de la version carte postale.