Visiter Paphos : ce qui mérite vraiment votre temps sur la côte ouest de Chypre
Paphos n'est pas la ville la plus animée de Chypre, et c'est précisément ce qui la rend intéressante à visiter. Classée au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1980, elle concentre sur un périmètre restreint des mosaïques romaines parmi les mieux conservées de Méditerranée, une nécropole hellénistique creusée dans la roche, et le rocher où la mythologie situe la naissance d'Aphrodite. Autant dire qu'une journée ne suffit pas à en faire le tour sérieusement.
Mon premier voyage à Chypre, c'est le mythe d'Aphrodite qui l'a décidé : entre toutes les destinations possibles, celle-ci s'est imposée parce qu'une déesse née de l'écume valait bien un vol. Je n'ai vu que Paphos cette fois-là, et je garde depuis un petit faible pour cette ville, même après un second voyage qui m'a fait descendre toute la côte sud.
Visiter Paphos prend idéalement deux jours pleins. Le parc archéologique de Kato Paphos et les Tombeaux des Rois concentrent l'essentiel du patrimoine antique, la vieille ville de Ktima garde le rythme local, et les environs (Akamas, Agios Neophytos) valent une excursion à part entière.
Une ville qui porte le nom du fils d'une légende
Paphos ne s'appelle pas Paphos par hasard. Le mythe raconte que Pygmalion, roi et sculpteur chypriote, tomba amoureux de la statue de femme qu'il avait lui-même façonnée. Aphrodite, touchée par sa dévotion, donna vie à la statue, devenue Galatée. De leur union naquit un fils : Paphos. C'est lui qui donne son nom à la ville.
Mais avant de porter ce nom, l'endroit portait déjà un poids considérable dans le monde antique. Palaepaphos, à une quinzaine de kilomètres au sud-est de la ville moderne, était l'un des royaumes autonomes de Chypre, une cité-État avec sa propre dynastie de rois, dès l'âge du bronze. Son sanctuaire dédié à la Grande Déesse, ancêtre d'Aphrodite dans le culte local, en a fait pendant des siècles l'un des lieux de pèlerinage les plus importants de la Méditerranée orientale : c'est là, selon Hésiode, que la déesse serait née de l'écume, au rocher de Petra tou Romiou.
C'est Nicoclès, le dernier roi de Palaepaphos, qui fonde Nea Paphos à la fin du 4e siècle avant notre ère, sur un site portuaire plus favorable une quinzaine de kilomètres plus au nord-ouest. Le choix s'avère payant : sous les Ptolémées d'Égypte, la nouvelle ville devient le siège du gouverneur militaire de l'île et l'une des rares cités autorisées à frapper sa propre monnaie, un privilège réservé aux places qui comptent vraiment. Elle garde ce rang de capitale une fois Chypre passée sous domination romaine, jusqu'à ce que l'empereur Constantin lui préfère Salamine, sur la côte est. Ce statut de capitale pendant près de six siècles explique la densité archéologique qu'on trouve encore aujourd'hui à Kato Paphos : une ville de ce rang ne se contentait pas de mosaïques modestes.
Le parc archéologique de Kato Paphos
Le parc archéologique de Kato Paphos est la raison numéro un du classement UNESCO de la ville. On y trouve les vestiges de plusieurs villas romaines, mais il faut s'arrêter sérieusement sur la Maison de Dionysos : c'est une folie. Je ne suis pas certaine d'avoir déjà vu des mosaïques aussi bien conservées ailleurs, et j'ai un faible particulier pour le tigre de la scène de chasse, qui m'a complètement fascinée. L'odéon, petit théâtre antique restauré, accueille encore des représentations en été. Le phare de Paphos, plus récent (19e siècle), marque l'extrémité du site et offre un des meilleurs points de vue du coucher de soleil sur la ville.
Infos pratiques : une heure suffit si vous filez droit à la Maison de Dionysos et repartez, comptez une demi-journée si vous voulez tout voir sans vous presser. Dans tous les cas, évitez le créneau midi-deux heures : le soleil cogne sérieusement sur ce terrain sans ombre, et la déshydratation guette ceux qui sous-estiment l'affaire. Plusieurs points de vente d'eau sont disséminés sur le parcours, mais prévoyez quand même votre propre réserve avant d'y entrer.
Les Tombeaux des Rois
Le nom est un malentendu qui a la vie dure. Face à la démesure de ces tombes creusées dans la roche, colonnes et cours à ciel ouvert compris, les premiers à les découvrir ont assumé qu'il fallait forcément des rois pour justifier un tel chantier. En réalité, ce sont des aristocrates et des hauts fonctionnaires de l'époque ptolémaïque qui y reposaient. Mais le nom, lui, est resté. La tombe 4 est la mieux conservée du site : c'est celle à chercher si vous voulez voir ces sépultures dans leur forme la plus intacte.
Ce que je retiens surtout, contre toute attente, ce sont les couleurs. L'ocre de la pierre creusée à même la falaise, le bleu de la mer et du ciel juste au-dessus : ce contraste est encore très imprimé sur mes rétines. Je suis descendue par un escalier au hasard des allées, sans suivre le parcours indiqué, et je suis tombée directement dans la tombe 4, mais par une entrée différente de celle utilisée habituellement. Vraiment superbe, et étonnamment méditatif pour un site qui reste, sur le papier, un cimetière antique.
Le site, classé UNESCO au même titre que Kato Paphos, se visite en une heure environ.
Ktima, la vieille ville qui a gardé son rythme
Ktima est la partie haute de Paphos, plus administrative et résidentielle que Kato Paphos où se concentrent les touristes. Le quartier a été largement remis à neuf à l'occasion de Paphos 2017, capitale européenne de la culture, place principale repavée, façades ravalées, installations artistiques disséminées un peu partout. Le résultat est propre, net, et personnellement je trouve que ça manque d'âme : on sent la rénovation calibrée pour l'occasion plus qu'un quartier qui a vieilli à son rythme. Le marché municipal, ouvert tous les matins sauf le dimanche, a le mérite d'exister, même si une bonne partie de ce qui s'y vend vient davantage d'usines chinoises que d'ateliers chypriotes.
Ce qui rachète Ktima, c'est son altitude. Perché au-dessus de Kato Paphos, le quartier offre quelques-uns des meilleurs spots pour dîner avec vue sur la ville et la mer, comme le Muse ou l'Agora Café, et aussi mon café préféré : Avli Tis Nefelis.
Géroskipou et son loukoumi protégé
À quelques minutes du centre de Paphos, le village de Géroskipou s'est taillé une réputation qui dépasse largement Chypre : c'est ici que le loukoumi local a obtenu une Indication Géographique Protégée européenne, une reconnaissance rare pour une confiserie, et la toute première IGP chypriote.
Le nom du village vient du grec "hieros kepos", le jardin sacré : selon la tradition locale, c'est ici que se trouvaient les jardins d'Aphrodite, sur le chemin que suivaient les pèlerins avant de rejoindre le sanctuaire de la déesse à Palaepaphos. La petite place du village est mignonne, tout comme l'église Agia Paraskevi juste à côté, byzantine et multi-coupolée.
Pour les emplettes, direction la boutique Aphrodite's Delight : c'est là que l’histoire a commencé en 1895, quand Sophocles Athanasiou a mis au point la recette qui allait devenir le loukoumi de Géroskipou, avant que d'autres confiseurs du village reprennent le flambeau et que le produit décroche son IGP en 2007. La même famille tient toujours la boutique, quatre générations plus tard, et c'est un excellent spot pour ramener du loukoumi et quelques souvenirs sans tomber dans l'attrape-touriste.
Les excursions à ne pas manquer depuis Paphos
Le monastère d'Agios Neophytos
À une vingtaine de minutes de route, le monastère d'Agios Neophytos s'est construit autour d'un ermitage troglodyte du 12e siècle, creusé par le moine Neophytos lui-même dans la falaise. Les fresques de la grotte originelle, remarquablement conservées, comptent parmi les plus belles de style byzantin de l'île.
À deux pas de là, sur un terrain appartenant au monastère, le refuge Tala Cats accueille plusieurs centaines de chats stérilisés recueillis dans toute la région. De quoi transformer l'excursion en double détour, spirituel puis nettement plus câlin, pour qui aime les chats.
La péninsule d'Akamas
Dernière grande zone sauvage du littoral chypriote, la péninsule d'Akamas se parcourt avant tout à pied. Le sentier de l'Aphrodite Trail, une boucle de 7,5 km à travers la pinède, part directement des Bains d'Aphrodite : trois à quatre heures de marche, avec au passage les ruines de la Tour de la Reine et un chêne plusieurs fois centenaire où la légende situe les siestes de la déesse.
Latchi, petit port de pêche à deux pas des Bains, sert de base pratique pour explorer la région : c'est de là que partent les bateaux vers le Blue Lagoon, dont les eaux turquoise justifient largement le déplacement, ou en 4x4 pour ceux qui préfèrent la route. Plus au nord, la plage de Lara est un site de ponte pour les tortues caouannes et vertes : on la mentionne pour ce qu'elle représente, pas comme une destination à cocher, mieux vaut laisser les tortues tranquilles.
Les gorges d'Avakas
Creusées par la rivière Avgas sur le flanc ouest de la péninsule, les gorges d'Avakas sont un canyon calcaire où les parois grimpent jusqu'à 30 mètres de haut, par endroits resserré à un mètre de large à peine. La marche, environ 3 km aller simple, demande de bonnes chaussures et un peu d'agilité : on traverse le lit de la rivière par endroits, sur des pierres qui peuvent être glissantes.
Mieux vaut viser le printemps ou l'automne pour cette sortie. En hiver, la gorge peut devenir infranchissable si la rivière monte, au point d'être parfois fermée par les autorités forestières après de fortes pluies. En été, c'est l'inverse qui pose problème : la partie du sentier avant d'entrer dans le canyon traverse une zone dégagée sans la moindre ombre, à ne pas prendre à la légère sous le soleil chypriote. Le site est classé zone protégée, comptez une demi-journée pour l'aller-retour avec des pauses.
Visiter Paphos demande plus de temps qu'on ne lui en accorde souvent. Deux jours pleins suffisent à voir l'essentiel, trois si vous ajoutez une sortie du côté d'Akamas, mais on peut confortablement y passer une semaine pour profiter de la beauté de la côte.
Entre les ruines qui ont fait de la ville une capitale antique et les rénovations qui en ont fait une capitale de la culture bien plus tard, Paphos porte encore assez bien son nom : celui d'un fils né d'une histoire d'amour qu'Aphrodite avait rendue possible.
Pour préparer votre voyage à Paphos, et sans nul doute en tomber aussi amoureux que moi, toutes les infos sont dans le roadbook Chypre, entre mythes et vieilles pierres.