Monastère d’Agios Neophytos à Paphos : dans la grotte d'un ermite chypriote

À une dizaine de kilomètres de Paphos, sur les hauteurs qui dominent la mer, un homme a creusé sa propre grotte dans la roche pour fuir le monde. Il s'appelait Néophytos. Nous sommes au 12ème siècle, l'ermite chypriote cherche un endroit où personne ne viendra le déranger, et il le trouve dans les collines au-dessus du village de Tala.

Neuf cents ans plus tard, le monastère d’Agios Neophytos accueille chaque année des visiteurs venus chercher exactement la même chose que lui : du silence, et trouvent en bonus des fresques byzantines qui ont traversé les siècles sans perdre leurs couleurs, et une colonie de chats qui vivent là comme s'ils avaient hérité de la sérénité des lieux.



Le monastère Agios Neophytos se trouve à environ 10 km de Paphos, près du village de Tala. Fondé au 12e siècle par l'ermite Néophytos dans une grotte creusée à la main, il abrite des fresques byzantines exceptionnelles et une colonie de chats en liberté dans l'enceinte.





Icône post-byzantine de saint Néophytos, monastère Agios Neophytos à Paphos

Par Krzysztof Belczyński

Néophytos, l'ermite qui a creusé sa propre cellule

Néophytos naît près de Lefkara vers 1134. À 17 ans, il entre comme moine au monastère de Saint-Jean-Chrysostome, à Koutsovendis. Deux ans plus tard, il s'en va : ce n'est toujours pas assez calme à son goût. Il part en pèlerinage vers la Terre sainte, visite plusieurs monastères et ermitages sur le chemin, sans jamais trouver l'isolement qu'il cherche vraiment.

Il revient à Chypre en 1159 et trouve enfin son coin de falaise au-dessus de Paphos. À mains nues, avec des outils rudimentaires, il creuse une grotte dans la roche : une cellule, une chapelle, une petite pièce pour dormir. Il s'y installe seul, dans le silence complet.

Le problème d'un ermite qui réussit trop bien son truc, c'est qu'il finit par attirer du monde. Des disciples arrivent, s'installent en contrebas, et un monastère se construit autour de la grotte initiale. Néophytos ne fait pas de compromis : quand il y a trop de monde à son goût, il creuse une deuxième grotte, plus haut sur la falaise, encore plus isolée. Il y reste jusqu'à sa mort en 1219, à 85 ans, en ayant écrit des livres, des hymnes, un testament qui régit encore aujourd'hui la vie de la communauté. L'ironie n'a pas dû lui échapper : il a passé sa vie à fuir les gens, qui n’ont eu de cesse de se regrouper autour de lui.

Façade de l'Enkleistra creusée dans la falaise, avec l'escalier d'accès, au monastère Agios Neophytos près de Paphos

L'Enkleistra et ses fresques byzantines

La grotte de Néophytos porte un nom : l'Enkleistra, littéralement "l'enfermement". On y accède aujourd'hui par un escalier taillé dans la falaise, et c'est la partie du site qui vaut vraiment le détour.

Les murs sont couverts de fresques du 12ème au 15ème siècle, en grande partie attribuées au peintre Theodoros Apsevdis. Elles ont traversé huit cents ans dans une grotte à flanc de montagne et elles sont toujours là, avec leurs couleurs et leurs visages byzantins qui regardent le visiteur droit dans les yeux. C'est le genre de détail qui fait qu'on reste plus longtemps que prévu devant un mur.

Plus bas, l'église principale du monastère (construite environ deux siècles après la mort de Néophytos) est dédiée à la Vierge Marie. Elle conserve les ossements du saint dans un sarcophage en bois et son crâne dans un reliquaire en argent. On y trouve aussi un petit musée ecclésiastique, avec des icônes post-byzantines du 16ème siècle qui comptent parmi les plus belles de l'île.

Ce que je retiens surtout, c'est le contraste. En bas, l'église, ses dorures, son musée. En haut, la grotte nue d'un homme qui ne voulait rien de tout ça.

À côté de l'Enkleistra, un autre escalier descend celui-là, vers une petite cavité avec un robinet et un panneau en grec que je n'ai pas su déchiffrer sur place. Ça ressemble à un hagiasma, une source considérée comme bénite dans la tradition orthodoxe, une pratique assez courante dans les monastères grecs et chypriotes. Je n'ai rien trouvé qui confirme officiellement ce que c'est exactement ici, mais l'endroit vaut le coup d'œil si vous le croisez, ne serait-ce que pour le contraste avec la grotte en hauteur.

Les chats du monastère

On ne parle pas assez des chats. J'ai visité le monastère Agios Neophytos l'an dernier et c'est pourtant la première chose qui frappe une fois passé le portail : ils sont partout. Sur les murets, sous les oliviers, endormis en plein milieu des allées sans se soucier des visiteurs qui les enjambent.

Chat marchant sur les pavés dans l'enceinte du monastère Agios Neophytos, Paphos

Ce n'est pas un hasard isolé. Les chats occupent une place à part dans les monastères chypriotes depuis des siècles, et la légende qui explique pourquoi vaut le détour. Au 9e siècle, Sainte Hélène,la mère de l'empereur Constantin, fait escale à Chypre au retour de Terre sainte. L'île traverse alors une sécheresse de plusieurs décennies et se retrouve envahie de serpents venimeux. Pour y remédier, elle fait venir des centaines de chats d'Égypte et de Palestine, dressés à chasser les reptiles.

L'histoire est rattachée à un autre monastère de l'île, celui de Saint-Nicolas-des-Chats près de Limassol, où elle est encore racontée aux visiteurs aujourd'hui. Mais la pratique s'est répandue dans la plupart des monastères chypriotes, Agios Neophytos compris : garder des chats devient une habitude monastique, moitié utilitaire, moitié protectrice. Vraie ou pas, la légende explique une chose bien réelle : à Chypre, un monastère sans chat, c'est presque suspect.

Ici, ils donnent au lieu une ambiance qui désamorce tout ce que le mot "monastère" pourrait avoir d'austère. On vient pour l'histoire et la spiritualité, on repart à coup sûr avec des photos de chat.

L'ensemble du site (la grotte en hauteur, les jardins, les bâtiments monastiques, les chats qui somnolent au soleil) compose un endroit d'un calme rare. Pas un calme forcé, un vrai silence, celui qu'on ne trouve plus beaucoup autour de Paphos en pleine saison.

Le Tala Cat Park, juste à côté

Si vous croisez autant de chats dans l'enceinte du monastère, ce n'est pas seulement une histoire de bonne ambiance : à environ 300 mètres de l'entrée se trouve le Tala Cat Park, un refuge associatif qui recueille des chats errants et abandonnés depuis 2011. Géré par des bénévoles, sans aucune subvention publique, il en héberge aujourd'hui plus de 500.

L'entrée est gratuite et le refuge se visite. On y croise des bénévoles en train de nourrir les chats, des bacs d'eau un peu partout, une ambiance sans prétention, à mille lieues d'un zoo ou d'un parc animalier organisé. C'est un vrai lieu de bénévolat animalier, pas une attraction pensée pour les touristes, et ça se sent.

Concrètement, ça explique tout : le monastère n'a jamais été un refuge pour chats, mais sa population féline déborde largement sur les alentours. Impossible de visiter l'un sans croiser l'autre.

Infos pratiques pour visiter

Mosaïque de saint Néophytos entouré de deux anges, au-dessus d'une entrée du monastère Agios Neophytos

Où : à environ 10 km au nord de Paphos, près du village de Tala. Comptez 15 à 20 minutes en voiture depuis le centre-ville.

Tarif : l'entrée du monastère et de l'église est gratuite. Seul l'accès à l'Enkleistra (la grotte) est payant, autour de 2 €, et ce même billet donne aussi accès au musée. La carte bancaire n'est pas acceptée pour ce billet : prévoyez de la monnaie, ou passez par la boutique de souvenirs qui peut parfois arranger le paiement.

Horaires : le monastère lui-même est ouvert toute la journée, portes grandes ouvertes. L'Enkleistra et le musée, eux, ferment sur la pause de la mi-journée (généralement 13h-14h), avec des horaires qui varient un peu selon la saison et l’humeur (avril à octobre / hors saison), je recommande de vérifier avant de partir si c'est la grotte que vous venez voir.

Sur place : prévoyez une tenue correcte pour l'église (épaules couvertes), de bonnes chaussures pour l'escalier qui mène à l'Enkleistra, et un peu de monnaie si vous voulez laisser une offrande. Comptez une heure sur place, une heure et demie si vous traînez du côté des chats.

Comment y aller : en voiture de location, c'est direct et rapide depuis Paphos. C'est aussi une étape que je glisse volontiers dans une journée dédiée aux hauteurs de Paphos, entre villages de montagne et domaines viticoles.

Le Tala Cat Park : à 300 mètres de l'entrée du monastère, sur la même route. Entrée libre, don bienvenu sur place pour soutenir le refuge.


Le monastère Agios Neophytos n'a rien d'un site qu'on visite en vitesse entre deux plages. C'est un ermitage du 12eme siècle devenu monastère, une grotte creusée à la main qui abrite des fresques byzantines rares, et un jardin où des chats font la sieste sans se soucier des neuf cents ans d'histoire autour d'eux. Si vous aimez les lieux qui ont une âme, vous allez adorer cet endroit.

Je détaille cette excursion, et le reste de mes pérégrinations autour de Paphos, dans le roadbook Chypre, entre mythes et vielles pierres : adapté à la lecture sur mobile, avec une carte numérique, des audios pour découvrir les anecdotes des lieux et bien d’autres.

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