Édimbourg ésotérique : Witches' Well, Greyfriars et autres secrets de sorcières

Édimbourg a quelque chose que peu de villes ont : elle ne joue pas à être hantée. Elle l'est vraiment. Pas au sens touristique du terme — au sens où la ville a brûlé ses sorcières, les a noyées dans son lac, les a torturées dans ses sous-sols, et a quand même eu le bon goût de leur ériger un mémorial. C'est ce genre d'endroit.

Si vous êtes un peu versé dans l'ésotérisme, Édimbourg est une destination qui vous parlera autrement qu'aux autres. Pas parce que les guides touristiques vous raconteront de vieilles légendes pour vous faire frissonner. Mais parce que la ville, elle, parle à ceux qui veulent bien l’écouter.

Voici les adresses que je vous conseille.

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Édimbourg a brûlé ses sorcières et leur a quand même ériger un mémorial. Ce guide recense les adresses ésotériques de la ville : le Witches' Well que personne ne regarde, la prison de Greyfriars fermée pour activité paranormale, les boutiques de pratique.




Mémorial aux personnes brulées pour sorcellerie, Edimbourg

Le Witches' Well : un mémorial qui ne fait pas semblant

La première chose à faire, c'est de ne pas rater le Witches' Well en montant vers le château. Et tout le monde le rate.

Il est là, à droite, à hauteur du Tartan Weaving Mill, fixé sur un mur. Une petite fontaine en fonte, commissionnée en 1894 par un certain Patrick Geddes, conçue par l'artiste John Duncan.

Elle commémore les femmes et les hommes brûlés vifs sur cette esplanade ; plus qu'en aucun autre endroit d'Écosse. Parce qu'il faut le dire : si les femmes ont été sur-représentées parmi les victimes, c'était aussi parce que la société de l'époque avait tout intérêt à faire taire celles qui soignaient, qui savaient, qui n'obéissaient pas. La chasse aux sorcières était aussi une chasse aux savoirs féminins. Ce monument ne le dit pas explicitement, mais l'histoire, elle, le dit.

Ce qui est remarquable dans ce monument, c'est son refus de simplifier. La plaque qui l'accompagne l'explique elle-même : il y a une wicked head et une serene head, deux visages qui représentent deux réalités. Celles qui utilisaient leur "connaissance exceptionnelle" pour faire le mal. Et celles qui souhaitaient le bien, et ont brûlé quand même. Sur les côtés de la fontaine : l'œil mauvais, gravé, et en face, les mains qui guérissent. Hands of healing, littéralement taillé dans le métal.

Pour quelqu'un qui pratique le magnétisme ou toute forme de soin énergétique, s'arrêter devant ces mains-là a une résonance particulière. Ce sont nos ancêtres dans la pratique, dans un sens. Et Édimbourg leur a rendu cet hommage discret, que presque personne ne regarde.

La digitale sauvage, plante des sorcières, plante des fées, poison et remède selon la dose, est sculptée au centre. Le serpent s'enroule autour des têtes d'Hygie et d'Asclepios, déesse et dieu de la santé. Les chiffres romains 1479 et 1722 encadrent le tout : le début et la fin des grandes persécutions.

Ca a été un moment assez intense de mon séjour à Edimbourg.

Greyfriars Kirkyard et les Vaults

Greyfriars, vous le connaissez peut-être pour Bobby — le petit chien fidèle (une vaste fumisterie, mais c’est une autre histoire). Mais ce que les guides ne mentionnent pas toujours, c'est que le cimetière est aussi l'un des lieux les plus documentés en termes d'activité paranormale au Royaume-Uni. La prison des Covenantaires, dans l'angle sud, est fermée au grand public. On n'y entre que par une visite guidée. La mairie l’a fermé parce qu’elle recevait trop de plaintes pour des attaques inexpliquées. C’est vous dire.

Certaines visites vous donnent également accès à ce que vous ne verrez pas seul : la prison verrouillée, les voûtes souterraines des South Bridge Vaults, et un cercle de pierres qui était le lieu de rassemblement d'un coven. Pas une reconstitution. Un vrai. La guide nous a mis au défi de rentrer dedans, après nous avoir expliqué les effets secondaires auxquels on pouvait s’attendre : malaise, perte de connaissance, saignement de nez... On a tous gentiment décliné la proposition.

Je recommande de choisir une visite qui combine Greyfriars et les Vaults : la progression géographique et énergétique a du sens. On descend littéralement. Et pour les personnes sensibles, prenez vos précautions : les retours d'expérience ne manquent pas.

Black Moon Botanica : la boutique qui a l'air de savoir pourquoi vous êtes là

Il y a deux adresses à Édimbourg. L'originale, sur Candlemaker Row, dans l'Old Town, à deux minutes de Greyfriars, ce qui n'est pas un hasard. Et une plus récente, sur Thistle Street dans le New Town, plus spacieuse.

La boutique de Candlemaker Row est petite. Volontairement petite, et d'autant plus juste. Brooke Mackay-Brock, qui l'a fondée en 2019, est astrologue et herbologue : elle a étudié l'herbologie au Royal Botanic Garden d'Édimbourg. Toutes les bougies, les huiles de parfum, les mélanges d'herbes sont faits à la main par elle et son mari. Ce n'est pas de la décoration sorcière pour touristes. C'est du matériel de pratique.

Vous y trouverez : des decks de tarot et d'oracle soigneusement sélectionnés, des cristaux, des herbes, des livres, des vrais, pas les coffee table books en forme de grimoire qu'on trouve partout. Et si vous passez par Thistle Street, il arrive qu'on puisse se faire lire les oracles sans rendez-vous. Quand j'y suis passée, c'est Garen qui lisait, et c'est le genre de rencontre imprévue qui finit par être le souvenir qu'on ramène.

Deux des figurines exposées au National Museum

Les fairy coffins d'Arthur's Seat

En juin 1836, des gamins qui chassaient des lapins sur les pentes d'Arthur's Seat ont découvert une petite caverne dissimulée derrière trois plaques d'ardoise. À l'intérieur : 17 minuscules cercueils en bois, entre 3 et 4 cm de long, chacun contenant une figurine en bois habillée avec des tenues cousues main.

Les cercueils étaient disposés en deux rangées de huit, avec une troisième rangée commencée (un seul cercueil). Les vêtements ont été datés des années 1830, ils ont donc été fabriqués peu avant la découverte, pas enterrés depuis des siècles. 8 survivent aujourd'hui, au National Museum of Scotland. Personne ne sait qui les a fabriqués ni pourquoi.

Trois principales théories :

  • Un rituel de sorcellerie : Arthur's Seat est historiquement associé aux rassemblements de sorcières, et une femme y avait été jugée pour sorcellerie dès 1572.

  • Un mémorial pour les victimes de Burke & Hare : 17 cercueils, 16 victimes (chiffres proches, mais 12 des victimes étaient des femmes, et toutes les figurines sont habillées en hommes : la théorie est fragile)

  • Ou un mémorial pour des marins disparus en mer, pratique funéraire connue quand il n'y a pas de corps à enterrer.

Quand les garçons les ont trouvés, ils ont commencé à se les lancer à la figure. Plusieurs ont été détruits ce jour-là. On ne saura jamais combien d'informations ont disparu dans cette bataille de cercueils. Les 8 cercueils restants sont parmi les objets les plus demandés du National Museum of Scotland : les visiteurs interrogent les gardiens à leur sujet plus que sur n'importe quel autre objet de la collection.

Surgeons' Hall Museum a Edimbourg

Surgeons' Hall Museum : parce que la frontière entre guérison et mort a toujours été poreuse

Ce n'est pas une boutique ésotérique. C'est un musée médical. Mais pour qui s'intéresse à la magie de la guérison, à l'histoire des plantes comme médicaments et comme poisons, à la dualité fondamentale de toute connaissance du corps, c'est un passage obligé.

Le Surgeons' Hall abrite la collection anatomique de l'université d'Édimbourg. Et dans cette collection : le masque mortuaire de William Burke, et un portefeuille fabriqué dans sa peau. Après son exécution en 1829, Burke fut disséqué publiquement par le Professeur Alexander Monro. Sa peau fut tannée. Des objets furent confectionnés. Ce portefeuille est l'un d'eux.

C'est troublant de la façon la plus honnête qui soit : la ville a tellement été marquée par le scandale Burke & Hare que même les restes du coupable sont devenus des reliques, exposées derrière une vitre, dans un musée dédié à la science.

Il existe une autre relique, à deux pas : un étui à cartes de visite fait dans la peau de la main gauche de Burke, exposé au William Burke Museum, qui occupe littéralement le comptoir d'une boutique au 84 West Bow, sur Victoria Street. C'est officiellement le plus petit musée du monde. C’est aussi la première boutique dans laquelle j’ai mis les pieds lors de mon premier séjour à Edimbourg, sans savoir sur quoi j’allais tomber. Sacré accueil.


Édimbourg ne fait pas semblant.

Je n’aime pas vraiment le “marketing de l’ésotérisme” qui est fait dans cette ville, car Edimbourg n'a pas besoin de reconstituer l'ambiance : elle l'a gardée, intacte, dans ses murs et sous ses pavés.

Le Witches' Well que personne ne regarde.

La prison des Covenanters à Greyfriars, qu'on a dû fermer parce que ça devenait compliqué à gérer.

Le plus petit musée du monde, découvert par hasard au fond d'une boutique sur Victoria Street, et qui m’a laissé franchement perplexe parce que je venais juste acheter un oracle qui m’avait tapé dans l’oeil et que je me suis trouvée face à face avec un porte-carte en peau de serial-killer (et que ça n’arrive quand même pas tous les matins)

Ce que j'aime dans cette ville, c'est qu'elle récompense ceux qui s'arrêtent. Ceux qui lèvent les yeux au bon moment, qui poussent la mauvaise porte, qui acceptent que certaines choses n'aient pas d'explication satisfaisante. Qui sont ok avec le fait de se perdre un peu, et qui vont juste regarder le décor autour d’eux plutôt que de sortir un GPS.

Si vous voulez continuer à creuser (les cimetières, les lieux hantés, ce qui se passe vraiment la nuit à Greyfriars) j'ai tout détaillé dans mon débrief de visite.

Et si vous appréciez, comme moi, ce genre de détails qu’on déniche, c'est exactement ce que j'ai mis dans le roadbook Édimbourg, Ville gothique. Avec des notes vocales pour les écouter sur place, au bon moment.

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