Les fantômes les plus célèbres d'Édimbourg — et les histoires derrière les légendes

Édimbourg est officiellement classée parmi les villes les plus hantées d'Europe. Ce n'est pas une réputation construite par l'office du tourisme pour vendre des ghost tours — même si ça marche très bien, et les tours valent le détour. C'est une réputation qui s'est bâtie sur des siècles d'exécutions publiques, de peste, de corps cachés sous les pavés, de close murés du jour au lendemain avec leurs habitants à l'intérieur. Édimbourg a une façon très particulière de garder ses morts près d'elle.

Il y a une chose qui frappe quand on commence à creuser les légendes de la ville : ce ne sont pas des histoires floues. Ce sont des histoires avec des noms, des dates, des adresses. Le fantôme du West Bow a un prénom. Celui de Mary King's Close aussi. Le poltergeist de Greyfriars a même un mausolée qu'on peut aller visiter. Édimbourg ne fait pas dans le vague.

Voici six des esprits les plus célèbres qui hantent la ville — et ce qu'il y a vraiment derrière les légendes.


Bloody MacKenzie — l'homme qui continue de faire des dégâts après sa mort

Si vous ne deviez retenir qu'un nom, ce serait le sien.

George MacKenzie était avocat général d'Écosse au XVIIe siècle. Son travail : poursuivre les Covenanters, ces protestants presbytériens qui refusaient de se soumettre à l'autorité religieuse du roi. Il s'en est acquitté avec une efficacité qui lui a valu le surnom de Bluidy MacKenzie — Bloody MacKenzie. Environ 1 200 prisonniers ont été entassés dans un champ jouxtant le cimetière de Greyfriars, sans nourriture suffisante, sans abri digne de ce nom. Des centaines sont morts sur place.

MacKenzie a été enterré à Greyfriars, dans un mausolée noir qu'on appelle encore aujourd'hui le Black Mausoleum.

En 1999, un sans-abri cherche un abri par une nuit froide. Il force l'entrée du mausolée. Le sol cède sous ses pieds, et il se retrouve dans une fosse commune remplie de victimes de la peste. Depuis cette nuit-là, les incidents se multiplient autour de la tombe : des visiteurs qui s'évanouissent, d'autres qui rentrent chez eux avec des bleus inexpliqués, des brûlures, des égratignures. Un chien a refusé d'approcher et a été retrouvé mort le lendemain. Un autre a sauté par-dessus un mur de quatre mètres pour fuir.

Plus de 500 personnes ont rapporté une expérience paranormale documentée près du Black Mausoleum. C'est le cas de poltergeist le plus documenté du Royaume-Uni.

Il serait inconcevable de parler des fantômes d'Édimbourg sans le mentionner — c'est le point de départ de tout le reste.

→ Les visites nocturnes de Greyfriars et des South Bridge Vaults sont racontées en détail dans l'article sur les lieux hantés d'Édimbourg.

Annie — la petite fille qui attend toujours

Le Mary King's Close est une série de ruelles médiévales murées sous le Royal Mile à la fin du XVIIe siècle — non pas à cause de la peste comme la légende le dit parfois, mais parce qu'on a tout simplement construit par-dessus. Les habitants ont continué à y vivre pendant encore un siècle dans des conditions de plus en plus précaires.

Annie est le fantôme le plus connu du site.

L'histoire a commencé dans les années 1990, quand une voyante japonaise en visite dans les close a ressenti une présence dans une pièce particulière. Elle a décrit une petite fille, malade, abandonnée, qui cherchait sa poupée. La voyante a acheté une poupée le jour même et l'a laissée dans la pièce.

Ce geste a déclenché quelque chose d'inattendu. Des dizaines, puis des centaines de visiteurs ont commencé à apporter des jouets, des pièces de monnaie, des doudous. Aujourd'hui, la chambre d'Annie est un autel improvisé recouvert de milliers d'objets. Les guides rapportent que des enfants — sans avoir été briefés sur l'histoire — demandent parfois à leurs parents pourquoi la petite fille dans le coin a l'air triste.

Annie n'a pas de date de naissance, pas de nom de famille, pas de certificat de décès. On ne sait pas si elle a vraiment existé. Ce qu'on sait, c'est que sa chambre est l'endroit le plus visité du site — et que les gens continuent d'y laisser des jouets, au cas où.

Le Tambour sans tête du château d’Edimbourg


Edinburgh Castle a plusieurs fantômes officiels. Celui-ci est le plus cinématographique.

En 1650, alors qu'Oliver Cromwell et ses troupes s'approchent d'Édimbourg, les sentinelles du château rapportent une apparition sur les remparts : un jeune garçon sans tête, battant un vieux tambour de guerre écossais. Les premières observations ont été prises au sérieux — suffisamment pour que le gouverneur du château décide de mener sa propre enquête. Il n'a jamais vu de fantôme, mais il a entendu le tambour. Et les pas qui marchaient en cadence.

Cette même année, Cromwell prend le château.

Depuis, la légende dit que si le tambour sans tête se remet à jouer, c'est que le château est en danger. Il n'a pas été revu depuis 1745 — le dernier soulèvement jacobite. Certains membres du personnel affirment entendre, quand le château ferme et que les touristes sont partis, un roulement sourd qui monte des remparts.

Personne ne sait qui est ce garçon. C'est peut-être le plus inquiétant dans l'histoire.

Le joueur de cornemuse disparu dans les tunnels sous le Royal Mile


Il y a des tunnels sous Édimbourg. Ça, c'est historiquement établi. Ce qui l'est moins, c'est ce qui s'y passe.

Il y a plusieurs siècles, quand les tunnels reliant le château au palais de Holyrood ont été découverts, personne ne savait où ils menaient. Le passage était trop étroit pour un adulte. On a donc envoyé un enfant — un jeune cornemuseux attaché à la garnison du château — en lui demandant de jouer pendant tout le trajet pour que les soldats restés en surface puissent suivre sa progression depuis la surface.

La musique a résonné sous les pavés du Royal Mile. Les soldats ont suivi. Et puis, quelque part vers la Tron Kirk, à mi-chemin de la route vers Holyrood — silence.

Ils sont descendus. Ils n'ont rien trouvé. Ni le garçon, ni les cornemuses, ni une explication. Le tunnel a été muré.

Des décennies plus tard, des ouvriers travaillant dans les tunnels auraient découvert une chambre scellée contenant un squelette en uniforme de joueur de cornemuse. Ça aussi, ça reste invérifiable. Ce qui est vérifiable, en revanche : des habitants de l'Old Town rapportent depuis des générations entendre de la musique monter du sous-sol les nuits calmes. Pas de la musique diffuse. Une cornemuse. Distincte.

Édimbourg a une façon très particulière d'avaler les gens.

La Dame Grise à Edinburgh Castle

Edinburgh Castle a plusieurs dames grises selon les sources. Celle qui revient le plus souvent serait Janet Douglas, Lady Glamis.

Janet Douglas a été accusée d'empoisonnement et de trahison par le roi Jacques V — une accusation que tout le monde savait infondée à l'époque. Ça n'a pas changé l'issue. Elle a été brûlée vive devant les portes du château, le 17 juillet 1537. Son fils de seize ans a été contraint d'assister à l'exécution.

Peu après sa mort, des membres du personnel du château ont commencé à signaler la présence d'une femme qui errait dans les couloirs, parfois immobile, parfois en pleurs. Elle porte une robe grise. Elle ne parle pas. Elle ne fait pas de mal. Elle est juste là — comme quelqu'un qui attend qu'on lui rende justice, et qui a compris depuis longtemps que ça ne viendra pas.

La Dame Grise est le fantôme le plus doux du château. C'est peut-être pour ça qu'il est le plus difficile à oublier.

Major Thomas Weir — le Saint qui vivait avec le Diable

Celle-là, elle mérite qu'on s'assoie.

Thomas Weir est né en 1599. Officier militaire à la carrière solide, capitaine de la garde de la ville d'Édimbourg, presbytérien fervent connu pour la puissance de ses prières. Il vivait dans le West Bow, la rue tortueuse qui descendait alors du Royal Mile vers le Grassmarket, en compagnie de sa sœur Jeanne. Leurs voisins les appelaient les Bowhead Saints — les Saints du West Bow. Weir était toujours vu avec son bâton de bois noir sculpté de têtes de satyres, qu'il affirmait n'être qu'une canne ordinaire.

En 1670, à plus de soixante-dix ans, Weir interrompt une réunion de prières et commence à confesser. Une vie de crimes. De sorcellerie. D'inceste avec sa sœur. De pacte avec le Diable. Le Lord Provost de la ville pense qu'il divague — il fait venir des médecins. Les médecins le déclarent parfaitement sain d'esprit.

Jeanne confirme tout. Et elle ajoute : le Diable leur avait rendu visite en carrosse de feu tiré par six chevaux, pour les emmener jusqu'à Dalkeith. C'est dans ce carrosse que son frère avait reçu ses pouvoirs. Le bâton ? Un cadeau du Diable. Il se déplaçait seul pour faire des courses.

Weir est étranglé puis brûlé à la limite de la ville, côté Leith. Ses derniers mots : "J'ai vécu comme une bête, je mourrai comme une bête." Le bâton est jeté dans les flammes avec lui. Des témoins racontent qu'il a mis un temps anormalement long à brûler, et qu'il se tordait dans le feu.

Sa maison au West Bow est restée vide pendant plus de cent ans. Personne n'osait y habiter. En 1780, un vieux soldat et sa femme s'y installent, attirés par le loyer bas. Ils fuient la nuit même après avoir vu l'apparition d'un veau qui posait ses pattes de devant sur le pied de leur lit et les regardait. On ne leur a pas demandé d'explication supplémentaire.

Depuis, les habitants du coin rapportent le son d'un carrosse qui dévale le West Bow la nuit. Parfois, c'est le bâton qu'on voit — flottant dans la ruelle, cherchant son maître.


Édimbourg n'est pas une ville qui cache ses fantômes. Elle les exhibe, leur donne des noms, leur construit des autels. Et si vous passez par le West Bow un soir — le tronçon qui est devenu Victoria Street — et que vous entendez quelque chose résonner sur les pavés derrière vous, ne vous retournez pas trop vite.

Ce n'est peut-être rien. Peut être.

Si vous préparez un séjour à Édimbourg et que vous voulez creuser ces histoires sur place, le carnet de voyage Edimbourg, Ville Gothique rassemble les adresses, les itinéraires… Pour ceux qui aiment qu'on leur raconte les choses, il comprend aussi une série d'histoires en format vocal à écouter en chemin. MacKenzie, les tunnels, les close. Tout y est.

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