Baleines, macareux... : quels animaux voir en Islande et à quelle période ?
En Islande, la question n'est jamais "Est ce qu’il y a des animaux à voir ?" mais plutôt lesquels, à quelle période et à quel endroit. La faune du pays tient en trois familles : les mammifères terrestres, certains sauvages et discrets, d’autres domestiques et omniprésents, les mammifères marins, spectaculaires depuis un bateau ou même depuis la côte, et les oiseaux, avec une colonie de macareux qui vaut le déplacement à elle seule. Chacune de ces rencontres a sa saison, ses zones conseillées et sa probabilité de réussite : certains animaux se laissent approcher sans complexe, d'autres jouent à cache-cache même en pleine saison.
J'ai fait plusieurs sorties en mer, à Reykjavík et Húsavík, à des mois différents, et les résultats n'ont jamais été les mêmes : baleines à bosse vues deux fois assez facilement, orques que l’on suppose avoir côtoyé sans les voir, macareux au sommet de mon classement personnel des animaux les plus mignons d'Islande.
Cet article reprend, saison par saison et espèce par espèce, ce que vous avez de bonnes chances de voir, et ce qui tiendra du coup de chance.
En Islande, les baleines à bosse s'observent facilement de mai à septembre, surtout depuis Húsavík ou Reykjavík. Les macareux sont visibles de mi-avril à mi-août, avec un pic en juin-juillet. Renards arctiques et orques restent rares, même en pleine saison.
Les mammifères terrestres
Avant l'arrivée des premiers colons vikings, ça peut sembler difficile à croire mais l'Islande n'avait qu'un seul mammifère terrestre : le renard arctique. Tout le reste, moutons, chevaux, rennes… est arrivé par bateau, à différentes époques. Ce qui donne un paysage animalier assez particulier : beaucoup de bétail, très peu de faune sauvage terrestre.
Le renard arctique
Il reste le plus difficile à croiser. Son pelage change avec les saisons (blanc l'hiver, brun-gris l'été), et cette stratégie de camouflage est très efficace puisqu’il en devient vraiment difficile à observer. La meilleure chance de le rencontrer se trouve dans la réserve naturelle de Hornstrandir, dans les Fjords de l'Ouest, où il n'a quasiment aucun prédateur ni concurrent. Ailleurs, c'est une question de chance pure : une amie en a croisé un à Skógafoss, en plein sur la route du sud : de quoi rappeler que "aucune chance" n'existe jamais vraiment en Islande.
Les rennes
Eux vivent dans l'est du pays, du côté des fjords, où on les trouve parfois en troupeaux le long des routes. Importés de Laponie au 18ème siècle, ils se sont acclimatés à l’Islande sans difficulté. Si votre parcours ne passe pas par l'est, vous ne les croiserez probablement pas.
Les chevaux islandais
A l'inverse, ils sont absolument partout : impossible de faire un road trip sans en voir brouter au bord de la route. Amenés par les Vikings, ils ont été isolés génétiquement dès les premiers siècles de la colonisation : la loi interdit encore aujourd'hui à un cheval islandais ayant quitté le pays d'y revenir, même pour une compétition. Résultat, une race unique, trapue, dotée d'allures qui n'existent nulle part ailleurs. J'en parle plus en détail dans mon article dédié aux chevaux islandais.
Les moutons
Ils suivent exactement la même logique d'isolement, et même s’ils ont moins de succès auprès des touristes, ils ont un capital sympathie intact : trapus, pattes courtes, tête et pattes sans laine, ils ont un côté peluche qui n'est pas qu'une impression. Amenés eux aussi par les premiers colons au 9ème siècle, avec une interdiction d'importation décrétée presque immédiatement après. Environ 800 000 d'entre eux passent l'été en liberté totale dans les hautes terres, avant d'être rassemblés à l'automne lors du réttir, une tradition communautaire où des familles entières partent à pied, à cheval ou en quad pour aller chercher les troupeaux avant l'hiver.
Encore plus attachants : les chats de Reykjavík, qui ont carrément leur statut à part dans la ville. Les chiens ont été interdits dans la capitale de 1924 à 1984, une histoire de santé publique qui a laissé le champ libre aux chats, considérés comme utiles contre les rongeurs. Résultat, environ un chat pour dix habitants, tous libres d'aller où bon leur semble tant qu'ils sont pucés. Certains ont même leur propre compte Instagram et une petite communauté de fans : c'est le cas d'Ofelia, qui dort sur les écharpes d'une boutique de souvenirs au pied de la Hallgrímskirkja et qu'il faut aller saluer si vous passez par là.
Les mammifères marins : le vrai spectacle
C'est là que l'Islande tient ses promesses. Une vingtaine d'espèces de cétacés fréquentent les eaux autour de l'île, et sortir en mer depuis Reykjavík ou Húsavík fait partie des choses à faire quand vous visitez le pays. Mais toutes les espèces ne se comportent pas de la même façon, et le savoir change complètement vos attentes.
La baleine à bosse : la valeur sûre
C'est l'animal le plus facile à observer, et de loin. Les baleines à bosse ne semblent pas franchement dérangées par la présence d'un bateau, certaines s'en approchent même. Je les ai vues à Húsavík en juillet 2016, avec des baleineaux qui nageaient à quelques mètres du bateau, et à Reykjavík en juin 2026. La première fois, ma soeur qui était avec moi m’a dit “Pour les voir de plus près, il aurait fallu qu’elles soient sur le bateau pour prendre un café avec nous”, et c’était plutôt vrai : la baleine à bosse est celle qui présente le meilleur '“taux de chance” si vous sortez en mer à la bonne saison, qui va de mai à septembre, avec un pic en juillet-août.
La baleine de Minke : plus discrète
Moins spectaculaire et un peu plus farouche : je ne l'ai jamais vue sauter ou faire des shows comme on peut voir avec les baleines à bosse. Je l'ai croisée à Reykjavík, en avril puis en juin. L’anecdote à connaître sur la baleine de Minke : les guides l'ont surnommée la "Stinky Minke", parce que son souffle sent littéralement le poisson pourri : les restes de son repas coincés dans ses fanons finissent par macérer avant d'être recrachés à chaque remontée. Une façon comme une autre de savoir qu'elle est passée, même quand on ne la voit pas. Pas la plus agréable.
Elle se voit sur une période plus large que la baleine à bosse, dès la mi-février jusqu'en octobre selon les opérateurs, avec un cœur de saison entre mai et septembre.
Les orques : la rencontre qui se mérite
Autant le dire : les orques jouent difficile. Leur territoire de prédilection se situe plutôt du côté de Snæfellsnes et de la baie de Breiðafjörður, à l'ouest de l'île. Elles suivent les bancs de harengs de mi-février à juin, avec un pic entre mars et avril, mais même en pleine saison, rien n'est garanti. Lors d'une sortie à Húsavík en juillet, le guide a repéré des signes de leur présence au comportement des oiseaux au-dessus de l'eau, mais nous n'en avons pas vu une seule. Si les orques sont votre priorité de voyage, c'est un pari, pas une certitude.
Les dauphins à bec blanc : parfois en masse
Une sortie en avril 2025 depuis Reykjavík m'a valu ce qui restera sans doute ma plus grosse rencontre de dauphins : plusieurs centaines d'ailerons partout autour du bateau, et une guide biologiste marine qui nous a dit que c'était le plus grand rassemblement qu'elle ait jamais vu. À prendre avec un peu de recul, les guides ont parfois tendance à en rajouter pour l'ambiance, mais l'observation en elle-même était spectaculaire.
Contrairement aux baleines, les dauphins à bec blanc ne migrent pas : ils restent en Islande toute l'année, ce qui explique qu'on puisse tomber sur une rencontre pareille même hors haute saison. Ils sont simplement un peu plus visibles l'été, quand la mer est plus calme.
Les phoques : ceux qu'on voit le plus facilement sans bateau
Contrairement à tous les précédents, les phoques s'observent depuis la côte, sans sortie en mer organisée. Les plages d'Ytri Tunga sur la péninsule de Snæfellsnes et la zone de Vatnsnes, dans le nord-ouest, sont réputées pour ça, tout comme la lagune glaciaire de Jökulsárlón, où ils aiment se prélasser directement sur les icebergs à la dérive. Deux espèces se croisent le plus souvent : le phoque commun, plus petit et plus curieux, qui n'hésite pas à sortir la tête de l'eau pour observer les visiteurs, et le phoque gris, plus imposant, qui reste généralement à bonne distance.
Ils sont visibles toute l'année, avec une préférence pour les jours ensoleillés où ils se prélassent sur les rochers, en particulier à marée basse. Contrairement aux baleines, qui peuvent plonger et s'éloigner en un instant, les phoques n'ont pas vraiment d'échappatoire face à un visiteur trop pressé de s'approcher ou trop bruyant : une bonne raison de garder ses distances et de rester discret, pour leur laisser la tranquillité de leur rocher.
Un mot sur les opérateurs responsables
Un mot sur les opérateurs des sorties en mer : un code de conduite pour des excursions responsables existe (porté par IceWhale, l'association des opérateurs islandais), mais tous les bateaux ne le respectent pas. Dans les faits, ça se traduit par de vraies différences : certains bateaux s’approchent très près ou très vite, prennent en chasse des cétacés qui cherchent à fuir…
Privilégiez les opérateurs membres d'IceWhale. C'est le cas d'Elding à Reykjavík, une référence sur le sujet depuis plusieurs décennies (ils ont d'ailleurs participé à la rédaction du code de conduite) : c'est avec eux que je fais habituellement mes sorties.
Les oiseaux : le macareux et le reste d'une faune riche
Le macareux, mon chouchou
Autant l'assumer : c'est mon animal préféré d'Islande. Cette silhouette ronde, ce bec orange, cette façon de voler qui semble toujours sur le point de rater l'atterrissage… tout ça donne l'impression d'un animal un peu pataud, alors qu'il se débrouille en réalité très bien : le macareux plonge, pêche, niche sur des falaises verticales sans sourciller.
On le voit de mi-avril à mi-août environ, avec la meilleure période entre juin et juillet, en pleine nidification. Les grandes colonies se trouvent aux îles Vestmann, à Dyrhólaey, à Látrabjarg dans les Fjords de l'Ouest et à Borgarfjörður Eystri à l'est. Certaines sorties d'observation des baleines depuis Reykjavík font aussi un détour par les îles à macareux d'Akurey ou de Lundey, dans la baie - de quoi combiner les deux dans la même sortie.
La sterne arctique
Elle est minuscule, avec sa calotte noire et son bec rouge, mais c'est une athlète absolue : elle détient l'un des records de migration les plus longs du règne animal, environ 38 000 kilomètres par an entre l'Arctique et l'Antarctique. Dommage que toute cette endurance ne s'accompagne pas d'une stratégie plus aboutie une fois posée : elle niche au sol, souvent en bordure de sentier, dans le passage donc, et elle fonce systématiquement sur quiconque s'approche, humain, mouton ou renard, sans faire de distinction. Gardez vos distances, l'expérience est nettement moins mignonne que celle du macareux.
Le fou de bassan
Il se repère de loin à son plumage blanc et sa tête légèrement dorée, mais surtout à sa technique de pêche spectaculaire : il plonge en piqué depuis plusieurs dizaines de mètres de hauteur, ailes repliées au dernier moment, pour transpercer l'eau comme une flèche. La colonie la plus connue se trouve sur l'îlot d'Eldey, au large de la péninsule de Reykjanes.
La pygargue à queue blanche
Surnommé le roi des oiseaux d'Islande, il est le plus grand rapace du pays avec une envergure qui peut dépasser deux mètres. L'espèce a frôlé la disparition au début du 20ème siècle, empoisonnée et chassée sans relâche jusqu'à ce que la loi la protège. Elle s'est reconstruite lentement depuis : on compte aujourd'hui environ 300 individus, dont les deux tiers nichent autour de la baie de Breiðafjörður, à l'ouest, sur ses innombrables îlots. C'est là qu'elle s'observe le mieux, généralement en couple, planant au-dessus de l'eau à la recherche de poissons ou d'oiseaux marins. La croiser reste rare et tient davantage de la patience que de la stratégie.
Le harfang des neiges
Il complète cette liste de raretés : ce grand hibou blanc aux yeux jaunes, presque invisible sur la neige grâce à son plumage immaculé, vit surtout dans les hautes terres et le nord du pays. Si sa silhouette vous évoque une certaine chouette de fiction, ce n'est pas un hasard, c'est bien la même espèce.
Contrairement à la plupart des rapaces nocturnes, il chasse aussi bien de jour que de nuit, traquant petits rongeurs et oiseaux à l'affût, posé au sol ou sur un promontoire. Il reste extrêmement rare et discret : peu de visiteurs peuvent se vanter d'en avoir vu un, ce qui en fait une sorte de graal silencieux pour les passionnés d'ornithologie.
Le cygne chanteur
Lui est nettement plus facile à croiser : c'est le cygne emblématique d'Islande, avec une population d'environ 16 000 individus qui nichent le long des cours d'eau et des lacs du pays entre avril et septembre. Ce n'est pas un animal rare, mais le voir voler reste assez impressionnant, on n'imagine pas forcément qu'un animal aussi massif puisse prendre l'air. Pas besoin d'aller bien loin pour le croiser de près : le lac Tjörnin, en plein centre de Reykjavík, en abrite toute l'année : l'eau y est même réchauffée par géothermie en hiver pour que les oiseaux ne se retrouvent pas coincés dans la glace. Si vous avez cru apercevoir des vols en formation au-dessus de vous, c'est très probablement le cas : il voyage en V ou en ligne, et son cri, une sorte de trompette grave et sonore, s'entend souvent avant même qu'on le voie.
Le calendrier des rencontres, mois par mois
Avril : baleines de Minke et gros passages de dauphins à bec blanc depuis Reykjavík. Les premiers macareux arrivent sur les côtes, mais ils sont encore en mer la majeure partie du temps.
Mai : les macareux commencent à s'installer sur les falaises. Les baleines à bosse reviennent en nombre.
Juin - Juillet : haute saison pour tout le monde. Macareux en pleine nidification, baleines à bosse au rendez-vous quasi certain, meilleures chances (même si c’est toujours relatif) pour les orques du côté de Snæfellsnes.
Août : dernières semaines pour voir les macareux avant leur départ en mer. Baleines toujours bien présentes.
Septembre : la fréquentation touristique baisse, les baleines sont moins nombreuses, mais elles restent observables, notamment dans le nord.
Toute l'année : les phoques, depuis la côte. Le renard arctique et les rennes, à la chance ou à la patience, selon la région.
Observer les animaux d'Islande, c'est accepter une part d'incertitude, propre à toute rencontre avec la faune sauvage.
Les baleines à bosse sont presque toujours au rendez-vous entre mai et septembre, les orques presque jamais même en pleine saison à Snæfellsnes, et le reste (baleine de Minke, dauphins à bec blanc, phoques) se joue quelque part entre les deux. Côté terre, mieux vaut ajuster ses attentes : les renards arctiques restent une affaire de chance, quand chevaux et moutons, eux, se croisent à chaque virage. Et dans le ciel, entre macareux au bec coloré, sterne arctique un peu trop susceptible et cygnes chanteurs en plein vol, chaque saison islandaise a ses propres chances de rencontre.
La seule vraie règle pour observer la faune en Islande : sortir souvent, regarder partout, et ne rien s'interdire, même une lagune. C'est d'ailleurs à Hvammsvík, en me baignant dans l'eau chaude face au fjord, que j'ai croisé des baleines de Minke sans avoir posé un pied sur un bateau : la preuve qu'il n'y a pas qu'en mer que la rencontre se fait. J'en parle en détail dans mon comparatif des lagunes islandaises. C'est bien la preuve qu'en Islande, la faune ne se trouve jamais bien loin : il suffit de savoir où et quand regarder.