Îles Vestmann : le guide complet pour visiter Heimaey
Les îles Vestmann, en Islande, ce n'est pas un arrêt qu'on fait automatiquement sur un road trip côte sud. J'y suis allée en avril, hors saison des macareux, après une traversée en ferry sérieusement secouée par la houle du sud islandais. Rien de tout ça ne m'a fait regretter le détour.
Ce que j'ai trouvé de l'autre côté : une histoire d'éruption qui devrait être bien plus connue qu'elle ne l'est, une petite église norvégienne en bois noir qui n'a rien à faire là, et un sanctuaire de bélugas rescapées dont le bien-être passe, contre toute intuition, par le jeu.
Les îles Vestmann forment un archipel volcanique au large de la côte sud de l'Islande. Une seule île est habitée, Heimaey, ravagée par l'éruption de l'Eldfell en 1973. On y vient pour le musée Eldheimar, le sanctuaire de bélugas de Klettsvík, et les macareux en été. Une escapade d'une journée depuis la côte sud.
Îles Vestmann : un archipel à part dans le sud de l'Islande
Les îles Vestmann (Vestmannaeyjar en islandais) sont un chapelet de dix-huit îles et îlots volcaniques posés au large de la côte sud de l'Islande, quelque part entre Reykjavík et Vík. Une seule est habitée : Heimaey, environ 4 500 habitants qui vivent principalement de la pêche.
Le nom même de l'archipel raconte une histoire : "Vestmann" signifie "homme de l'ouest" : c'est le surnom donné aux Irlandais à l'époque de la colonisation de l'Islande par les Norvégiens, au 9ème siècle. Selon les sagas, un colon norvégien nommé Hjörleifur Hróðmarsson possédait plusieurs esclaves d'origine irlandaise. Maltraités, ceux-ci finissent par le tuer et prennent la fuite en mer pour échapper aux représailles. Ingólfur Arnarson, ami de la victime et premier colon permanent d'Islande, part à leur poursuite et les retrouve sur ces îles au large de la côte sud. D'où le nom : les îles des "hommes de l'ouest".
Mais l'événement qui définit vraiment Heimaey aujourd'hui, c'est plus récent : le 23 janvier 1973, le volcan Eldfell entre en éruption sans aucun signe avant-coureur, en pleine nuit, sur une île qui n'avait pas connu d'activité volcanique depuis des millénaires. L'évacuation se fait dans l'urgence, par bateau, sauvée par un coup de chance météorologique : la flotte de pêche était au port ce soir-là à cause du mauvais temps. L'éruption dure cinq mois. Environ 400 maisons disparaissent sous la lave et la cendre. Et pourtant, cette histoire reste étrangement méconnue en dehors de l'Islande, réduite dans l'imaginaire collectif à une anecdote météo alors qu'il s'agit d'un des événements les plus dramatiques de l'histoire islandaise récente.
Comment aller aux îles Vestmann ?
Depuis la côte sud
Le ferry Herjólfur relie Landeyjahöfn à Heimaey en environ 35 minutes. Landeyjahöfn se trouve sur la côte sud, non loin de la cascade de Skógafoss, ce qui rend la traversée facile à intégrer dans un road trip qui longe déjà cette partie de l'Islande. Les départs sont réguliers en journée. Mieux vaut réserver en ligne à l'avance en haute saison, surtout si vous embarquez avec un véhicule.
Prévenez-vous que la traversée peut être mouvementée : on est en pleine mer du Nord, pas sur un lac. Rien de dramatique, mais si vous avez le pied marin fragile, prenez vos précautions avant de monter à bord.
Le Herjólfur fonctionne en partie à l'électrique sur cette liaison courte, ce qui limite un peu plus l'impact du trajet. Si vous n'avez pas de véhicule, un bus part de Mjódd à Reykjavík et rejoint directement Landeyjahöfn, calé sur les horaires de la traversée. Si vous êtes véhiculé, le parking sur place est gratuit, sans difficulté à prévoir.
En hiver ou par mauvais temps, le port de Landeyjahöfn peut fermer : la houle et l'ensablement du chenal forcent alors le ferry à repartir de Þorlákshöfn, plus au sud, avec une traversée qui grimpe à près de 3 heures au lieu de 35 minutes. Gardez une marge dans votre planning si vous visitez hors saison estivale, et surveillez le site de la compagnie avant de partir.
Depuis Reykjavík
Si votre itinéraire ne longe pas la côte sud, il existe aussi des vols courts depuis l'aéroport domestique de Reykjavík, en une vingtaine de minutes. Une option pratique si vous manquez de temps, mais qui vous prive du charme de l'arrivée en bateau, avec les falaises de l'archipel qui se dévoilent progressivement. À bilan carbone égal, le ferry reste largement l'option à privilégier sur une distance aussi courte : gardez le vol pour les cas où le temps manque vraiment.
Une fois sur place
Heimaey se parcourt très bien à pied depuis le centre-ville : le port, l'église, le musée sont tous à distance de marche raisonnable. Une voiture n'est utile que si vous comptez pousser jusqu'aux points de vue les plus excentrés de l'île, comme Stórhöfði au sud.
Que voir à Heimaey ?
Eldheimar, le musée de l'éruption
C'est le cœur de la visite. Eldheimar est construit littéralement autour de la maison numéro 10 de la rue Gerðisbraut, ensevelie sous les cendres en 1973 et excavée des décennies plus tard. Ses habitants, Gerður Sigurðardóttir et Guðni Ólafsson, ont dû fuir en pleine nuit avec leurs trois enfants, dont un bébé, et n'ont eu le temps d'emporter qu'un biberon. On surnomme le musée le "Pompéi du Nord", et pour une fois le surnom n'est pas usurpé : on entre dans une maison telle que l'éruption l'a figée, murs effondrés et mobilier renversé mais intact, sous une charpente moderne en pierre volcanique qui laisse deviner l'ampleur du désastre.
L'audioguide, disponible en français, retrace la nuit de l'évacuation, les cinq mois d'éruption, et la manière dont les habitants ont utilisé des millions de litres d'eau de mer pour refroidir la lave et sauver l'entrée du port, poumon économique de l'île. Une carte interactive dans le hall principal montre l'avancée de la coulée sur la ville : la lave a gagné environ 2 km² sur l'océan, redessinant purement et simplement le contour de l'île. À l'étage, une passerelle permet de voir la maison depuis le dessus, et un espace est consacré à Surtsey, l'île voisine née d'une éruption sous-marine en 1963 et classée à l'UNESCO. Comptez 1h à 1h30 sur place, et terminez par un café en terrasse : la vue donne sur tout le village.
C'est le genre d'endroit qui vous fait sortir en vous demandant pourquoi cette histoire n'est pas plus connue. Toute une île évacuée en quelques heures, dans la nuit, sans aucun signe avant-coureur, sauvée en grande partie par un coup de chance météorologique (la flotte de pêche était au port ce soir-là) : cinq mois d'éruption continue et une ville à moitié engloutie, ce n'est pas un fait divers météorologique, c'est une histoire de survie collective.
La Stafkirkjan, la petite église en bois noir
En redescendant du centre-ville vers le port, une courte balade mène jusqu'à la Stafkirkjan, une église en bois debout au bardage noir, installée dans le quartier de Skansinn. Ce n'est pas un vestige : c'est une réplique de l'église norvégienne de Haltdalen, construite en seulement deux jours pour respecter la tradition du chantier d'origine, et offerte par la Norvège à l'Islande en 2000 pour le millénaire de la christianisation du pays. Le bois vient de Røros, les bardeaux d'Odalen, le goudron de Skjåk, la ferronnerie de Vågå : chaque région norvégienne a apporté sa pierre à l'édifice. L'autel abrite même une réplique du devant d'autel de Saint Olav, l'une des plus belles pièces d'art médiéval norvégien encore conservées.
Le contraste est net avec le reste de l'île, plus contemporaine dans son architecture : une silhouette sombre et pointue, posée en bord de mer, qui semble venue d'ailleurs. Juste à côté, le petit musée Landlyst mérite un coup d'œil : c'est la première maternité d'Islande, qui retrace les débuts des soins médicaux sur l'île. À eux deux, l'église et le musée forment une parenthèse tranquille avant de redescendre vers le port.
Le sanctuaire de bélugas de Klettsvík
Dans la baie de Klettsvík, le Sea Life Trust Beluga Whale Sanctuary accueille deux bélugas, Little Grey et Little White, sauvées d'un aquarium chinois où elles avaient passé des années à faire des spectacles. L'objectif du sanctuaire : leur offrir un environnement marin naturel plutôt qu'un bassin, tout en les gardant sous surveillance vétérinaire puisqu'elles ne peuvent plus être relâchées en mer libre après une vie en captivité.
Ce qui surprend en visitant : les soigneurs continuent de leur faire faire des exercices qui ressemblent, de loin, à des numéros de zoo. L'explication est en fait tout le contraire d'une exploitation : sans cette stimulation régulière, les bélugas interprètent l'absence d'interaction comme un rejet, et peuvent développer des signes de déprime. Le jeu et l'entraînement ne sont pas un spectacle pour touristes, mais une nécessité pour leur équilibre psychologique après des années de captivité. Un détail qui change complètement la lecture de ce qu'on observe, et qui vaut d'être expliqué avant la visite pour ne pas se méprendre sur ce qu'on voit.
La transition n'a d'ailleurs pas été simple, et ça vaut la peine de le dire aussi. Après leur arrivée au bassin en mer, les soigneurs ont constaté que Little White s'adaptait plus lentement que Little Grey à tout ce qu'un bassin fermé ne leur avait jamais fait connaître : le vent, les vagues, les cris des mouettes. Les deux ont dû être ramenées à l'intérieur pour l'hiver, et une structure intermédiaire a été construite pour leur laisser le temps de s'habituer par étapes plutôt que d'un coup. Le retour définitif au grand bassin en mer a été repoussé plusieurs fois ces dernières années, toujours pour leur bien-être. Ce n'est pas un conte de fées version zéro contrainte : après des années de captivité, réapprendre une vie plus proche de leur environnement naturel prend du temps, parfois plusieurs années, et rien n'est acquis d'avance.
Les macareux des îles Vestmann
Heimaey abrite la plus grande colonie de macareux moines au monde : plus d'un million de terriers creusés dans les pentes herbeuses au-dessus des falaises. Mais la fenêtre d'observation est étroite : ils sont présents de fin mai à fin août environ, le temps de couver puis d'élever un unique poussin, avant de repartir en mer. Si vous visitez en dehors de cette période, comme au printemps avant leur arrivée, ne comptez pas en voir : les falaises seront vides, aussi spectaculaires soient-elles.
Le meilleur point d'observation reste Stórhöfði, au sud de l'île : une plateforme aménagée qui permet de voir les colonies sans déranger les terriers. Gardez vos distances et restez sur les sentiers balisés. Chaque terrier abandonné, c'est un nid en moins pour l'année suivante.
Il existe un autre rendez-vous, encore plus inattendu, qui a lieu fin août-début septembre : la puffling patrol. Les jeunes macareux, appelés localement les pysjur, quittent le nid la nuit et se dirigent normalement vers la mer en suivant la lumière de la lune. Sauf que les lumières de la ville de Heimaey les perturbent, et une bonne partie d'entre eux atterrissent en plein centre-ville au lieu de l'océan. Depuis des générations, ce sont les enfants de l'île qui prennent le relais : armés de lampes torches et de cartons, ils patrouillent les rues la nuit à la recherche des poussins égarés, les récupèrent, et les amènent le lendemain matin au Sea Life Trust, le même organisme qui gère le sanctuaire de bélugas, pour un contrôle avant d'être relâchés en mer depuis un point sans lumière. Plusieurs milliers de pysjur sont sauvés chaque année de cette façon. Si votre séjour tombe sur cette période, c'est une tradition à observer, même sans y participer soi-même.
Conseils pratiques pour organiser sa visite aux îles Vestmann
Quand y aller : l'été (juin à août) pour cumuler macareux et météo la plus clémente, avec un bonus fin août si votre séjour croise la puffling patrol. Le reste de l'année, l'île reste accessible et intéressante côté Eldheimar et Stafkirkjan, avec beaucoup moins de monde et des tarifs plus doux.
Combien de temps : une journée suffit pour voir l'essentiel (Eldheimar, Stafkirkjan, sanctuaire de bélugas). Si vous voulez ajouter une randonnée jusqu'à Stórhöfði, observer les macareux tranquillement ou tenter la puffling patrol en soirée, comptez une nuit sur place : l'offre d'hébergement est limitée mais suffisante si vous réservez à l'avance.
Se déplacer : à pied depuis le centre-ville pour l'essentiel des sites, le tout se concentre sur un rayon très marchable. Une voiture (embarquée sur le ferry ou louée sur l'île) ou un vélo électrique deviennent utiles pour les points de vue excentrés comme Stórhöfði.
Réserver : en haute saison, réservez votre traversée en ferry à l'avance, surtout avec un véhicule. Les places se remplissent vite en été, et Herjólfur applique des frais de modification et ne rembourse pas les annulations tardives : calez vos horaires avant de payer.
Météo et mer : la traversée peut être agitée, et en hiver le port de Landeyjahöfn peut fermer purement et simplement, forçant un détour par Þorlákshöfn. Consultez les conditions avant de partir si vous êtes sensible au mal de mer, et prévoyez une marge dans votre planning en cas d'annulation liée au temps, surtout hors saison estivale.
Avec des enfants : Heimaey se prête bien à une visite en famille. Eldheimar reste accessible pour des enfants curieux d'histoire naturelle, même si le sujet est lourd, et la puffling patrol est une activité pensée pour eux depuis des générations : difficile de faire plus concret comme leçon de conservation animale.
À qui je recommande les îles Vestmann ?
Si vous faites déjà un road trip sur la côte sud de l'Islande, les îles Vestmann sont une excursion facile à greffer sur l'itinéraire : Landeyjahöfn n'est pas un détour, c'est presque sur la route entre Skógafoss et Vík. Le format "une journée" convient à tout le monde, y compris si vous voyagez avec des enfants curieux d'histoire naturelle et de volcans.
La seule vraie contrainte, c'est la météo et l'état de la mer : si vous êtes du genre à angoisser à l’idée d’une traversée agitée, sachez à quoi vous attendre. Ça n'a rien d'insurmontable, mais autant le savoir avant de monter à bord plutôt que de le découvrir en pleine mer.
Si vous voyagez en famille, c'est aussi un très bon choix : le format compact de l'île, un musée pensé pour rester compréhensible sans être terrifiant pour un enfant, et la possibilité de participer à la puffling patrol en fin d'été en font une étape qui marque sans épuiser personne.
Pour les amateurs de grande randonnée en revanche, l'offre reste modeste comparée à d'autres régions d'Islande : on est ici davantage sur des sites à visiter que sur un terrain de jeu pour marcheurs. Si la rando est votre priorité de voyage, les îles Vestmann resteront une parenthèse d'une journée plutôt qu'une destination en soi (et c'est très bien aussi comme ça).
Les îles Vestmann ne sont pas une destination qu'on fait automatiquement sur un itinéraire islandais classique. C'est justement pour ça qu'elles valent le détour : une histoire d'éruption qui mériterait d'être bien plus connue, une petite église norvégienne qui n'a rien à faire là et qui est là quand même, et des bélugas sauvées dont le bien-être passe, contre toute intuition, par le jeu. Si vous longez la côte sud, ne passez pas à côté.