Lacco Ameno : que voir dans le plus petit village d'Ischia
Lacco Ameno, c'est le village d'Ischia qu'on traverse parfois sans s'arrêter, et c'est une erreur — pas une erreur catastrophique non plus, soyons honnêtes. Ce n'est pas Forio avec ses ruelles et ses couchers de soleil. Ce n'est pas Casamicciola avec son cachet de station thermale à l'ancienne. Mais Lacco Ameno a une profondeur historique qu’aucune autre commune de l'île peut revendiquer, et deux sites à visiter qui méritent qu'on marque une pause.
Son symbole, déjà, donne le ton : à l'entrée du port, un rocher de tuf de dix mètres de haut a pris au fil des siècles la forme parfaite d'un champignon. Il Fungo. Probablement un détachement du mont Epomeo suivi de quelques millénaires d'érosion marine — et c'est exactement le genre de curiosité naturelle qui fait qu'un lieu reste gravé. C'est la première chose qu'on voit en arrivant à Lacco Ameno. La dernière aussi, souvent.
Lacco Ameno est la plus petite commune d'Ischia, mais elle concentre deux des sites les plus anciens de l'île : la basilique de Santa Restituta, dont la légende remonte au IVe siècle, et le musée archéologique de Pithecusae, qui abrite l'une des inscriptions grecques les plus vieilles du monde.
Santa Restituta : la martyre africaine venue par la mer
Le musée de Pithecusae à Lacco Ameno : l'histoire de l'île, mal racontée
Santa Restituta : la martyre africaine venue par la mer
Il faut remonter au IVe siècle pour comprendre pourquoi Lacco Ameno est ce qu'elle est.
En 304, sous l'empereur Dioclézien, une jeune chrétienne originaire de Tunisie refuse d'abjurer sa foi. Elle s'appelle Restituta. Elle fait partie des 49 martyrs d'Abitène, condamnés pour avoir continué à célébrer la messe malgré l'interdiction impériale. Sa sentence est particulièrement spectaculaire : on la place sur une barque chargée de paille, de résine et de poix, et on y met le feu.
La légende prend le relais là où l'histoire s'arrête. La barque, guidée par un ange, traverse la Méditerranée et aborde à Ischia — alors appelée Aenaria — dans la baie qui s'appelle aujourd'hui San Montano. Une femme du village, Lucina, est avertie en rêve. Elle se rend sur la plage à l'aube, trouve la barque échouée et le corps intact et lumineux de Restituta. La population entière organise des funérailles solennelles. Et au moment où la barque touche la grève, la plage se couvre de lis blancs.
C'est ce détail — les lis — qui a traversé les siècles. Il a même inspiré un poème au Français Alphonse de Lamartine, qui séjourna plusieurs fois à Ischia au XIXe siècle. Le titre : Le lis du golfe de Santa Restituta dans l'île d'Ischia.
L'histoire réelle derrière la légende est probablement plus prosaïque : les reliques de la martyre auraient été transportées de Carthage en Campanie au Ve siècle, lors des persécutions vandales. Ce qui est certain, en revanche, c'est que le culte s'est implanté très tôt à Lacco Ameno — les fouilles sous la basilique ont mis au jour une crypte paléochrétienne et un cimetière chrétien qui attestent d'une communauté de foi installée ici depuis le IVe ou Ve siècle.
La basilique actuelle — qui a survécu au tremblement de terre de 1883 grâce à une reconstruction d'urgence avec des poutres en bois à structure antisismique — est la cinquième église construite sur ce même emplacement. L'intérieur, avec ses 24 colonnes corinthiennes en bois doré, mérite la visite en fin d'après-midi, quand la lumière du couchant entre en biais.
Chaque année du 16 au 18 mai, le village rejoue l'arrivée de la sainte. Le soir du 16, sur la plage de San Montano, une reconstitution en plein air met en scène la Passion : l'incendie de la barque, le voyage en mer, l'arrivée. La plage est couverte de lis blancs. Toute la population de Lacco Ameno est là. C'est, depuis 1968, l'événement le plus attendu de l'année dans le village. Si vous êtes sur l'île à cette période, c'est le genre de chose qu'on ne planifie pas forcément et qu'on regrette d'avoir raté.
Le musée de Pithecusae à Lacco Ameno : l'histoire de l'île, mal racontée
Lacco Ameno était déjà habitée bien avant les chrétiens. Aux alentours de 770 avant J.-C., des colons grecs venus d'Eubée fondent sur l'île la première colonie grecque d'Occident. Ils l'appellent Pithecusae. La ville se développe rapidement en carrefour commercial entre Grecs, Étrusques et Phéniciens, avec une activité métallurgique et céramique bien documentée.
C'est cette histoire que le musée archéologique de Pithecusae est censé raconter. Il est installé dans la Villa Arbusto, une belle bâtisse du XVIIIe siècle perchée sur la colline au-dessus de la place Santa Restituta, rachetée dans les années 1950 par l'éditeur Angelo Rizzoli, puis cédée à la commune pour accueillir les collections issues des fouilles.
Si vous êtes féru d’antiquité, allez-y. Mais soyez préparés à ce que l’expérience puisse être frustrante.
La pièce maîtresse — et l'une des pièces archéologiques les plus importantes du monde antique — est la Coupe de Nestor. C'est un vase à boire de style géométrique tardif, trouvé en 1954 dans une tombe de la nécropole de la vallée de San Montano. Il date de 750 à 700 avant J.-C. et a probablement été fabriqué à Rhodes. Ce qui le rend unique : une inscription de trois lignes, gravée après la fabrication du vase pour en faire une offrande funéraire. Ces trois lignes constituent l'une des deux inscriptions grecques les plus anciennes connues à ce jour. Et elles font référence à Homère : le vase se présente comme la coupe du héros Nestor, et menace — avec humour — que quiconque boira dedans sera aussitôt saisi du désir d'Aphrodite. C'est de l'humour de banquet gravé il y a 2 700 ans. C'est peut-être la plus ancienne blague littéraire européenne.
La coupe, l'ai trouvée au bout de vingt minutes. Pas parce que j'avais du mal à la lire — parce que je ne la voyais tout simplement pas. Les panneaux sont uniquement en italien. La mise en scène est minimale. Rien ne vous indique que vous êtes en train de passer devant l'un des artefacts les plus importants de la Méditerranée antique, qui est en fait entassé dans une étagère sans plus d’égard que les autres pièces moins notables.
Et les inscriptions grecques originales (celles dont tout le monde parle) ? J’ai du attendre d’être à l’hôtel pour faire des recherches et comprendre où les trouver. Peut être que mon esprit n’était pas très aiguisé lors de ma visite ? Peut être que c’est sacrément mal indiqué ? A mon avis, un peu des deux.
La vue depuis les jardins de la Villa Arbusto sur la baie de Lacco Ameno, en revanche, est parfaite. C'est peut-être la conclusion la plus honnête que je puisse tirer de ma visite.
Infos pratiques : Je vous invite à vérifier les horaires en ligne : certains jours, le musée ferme ses portes à 13h.
Lacco Ameno n'est pas le village d'Ischia qui va vous occuper le plus longtemps. Mais c'est un village qui a de la mémoire — une mémoire qui remonte à 3 000 ans et se lit en couches successives : la colonie grecque, le cimetière paléochrétien, la martyre africaine portée par les vagues, la reconstitution sous les lis blancs chaque mois de mai.
La basilique mérite votre visite en fin d'après-midi. Le musée mérite d’être découvert avec des attentes calibrées. Et si vous préparez votre séjour à Ischia dans son ensemble, le roadbook Ischia, l’île-volcan couvre l'île entière, avec une carte interactive et des vocaux inédits à écouter directement sur place. En complément, l’article pour organiser votre séjour à Ischia est ici.