Anecdotes de chiens à Édimbourg : trois histoires qui font partie de la légende

À Édimbourg, les chiens ne sont pas seulement les bienvenus — ils font partie de la mémoire collective. Trois histoires en particulier ont traversé les siècles : celle de Bobby, le Skye Terrier qui n'a jamais quitté la tombe de son maître, celle de Bum, le chien californien que la ville a adopté de loin, et celle des chiens de la garnison du château, dont les tombes discrètes se cachent en plein cœur de la forteresse. Trois façons très différentes d'être un bon chien.


Édimbourg abrite plusieurs histoires de chiens devenus des légendes localesGreyfriars Bobby, le Skye Terrier qui a veillé sur la tombe de son maître pendant 14 ans ; Bum, le chien errant de San Diego accueilli symboliquement en ville grâce à un jumelage ; et les chiens de la garnison du château, dont les tombes discrètes témoignent d'une présence animale au cœur de l'histoire militaire écossaise.

  • Bum, le chien californien lié à Edimbourg par un jumelage


Bobby, le chien le plus fidèle d’Ecosse.

Impossible de parler des anecdotes de chiens à Édimbourg sans commencer par Greyfriars Bobby. C'est la figure canonique. Celle que tout le monde connaît, ou croit connaître.

Bobby était un Skye Terrier — une race ancienne, robuste, autrefois élevée pour chasser les blaireaux et les renards dans les Highlands. Son maître, John Gray, était policier de nuit à Édimbourg au milieu du XIXe siècle. Les deux étaient inséparables : Bobby l'accompagnait dans ses rondes nocturnes, puis tous les midis, au son du canon tiré depuis le château (le fameux « One O'Clock Gun » qui marque toujours 13h aujourd'hui), ils allaient déjeuner dans le même restaurant. John Gray donnait à Bobby une brioche et un os. Routine tranquille. Belle vie.

En 1858, Gray meurt de la tuberculose. Il est enterré au cimetière de Greyfriars, dans le sud de la vieille ville. Et Bobby, lui, ne part pas.

Le lendemain des funérailles, le gardien du cimetière le retrouve couché sur la tombe. Il le chasse — les animaux ne sont pas autorisés dans l'enceinte. Bobby revient. Le gardien recommence. Bobby revient encore. Finalement, le gardien obtient une dérogation de la ville et lui construit même un abri. Bobby restera là 14 ans, ne s'absentant que le midi pour aller chercher son repas au restaurant habituel — restaurant qui finira par s'appeler Bobby's Bar.

Photo d'époque présentant Bobby dans sa famille

En 1867, une loi impose que tous les chiens errants soient abattus.

Le Lord Provost d'Édimbourg — l'équivalent du maire — paye lui-même la licence de Bobby et lui fait confectionner un collier gravé à son nom.

La ville entière s'est approprié ce petit chien.

Bobby meurt en 1872. Comme animal, il ne peut pas être enterré en terre consacrée. Mais la baronne Angela Burdett-Coutts fait ériger une fontaine surmontée de sa statue grandeur nature à l'entrée du cimetière — sculpture réalisée par William Brodie, qu'on peut encore voir aujourd'hui. En 1981, une pierre tombale est posée dans le cimetière de Greyfriars, non loin de la tombe de John Gray. Les visiteurs y déposent encore des jouets, des friandises, des petits cailloux.

Que l'histoire soit vraie, embellie ou franchement inventée importe finalement peu. Ce qui compte, c'est ce qu'elle dit : le lien entre l'humain et l'animal, la fidélité portée à son extrême logique.

Bobby n'est pas seulement une jolie anecdote pour les touristes. C'est une figure locale profondément ancrée dans l'identité d'Édimbourg — au même titre que le château, le Royal Mile ou les fantômes de la vieille ville.

Petite information non officielle qui circule entre guides : certains noctambules auraient pris l'habitude de frotter leurs fesses sur le museau de la statue — en sachant pertinemment que des milliers de touristes viennent le toucher avec leurs mains le lendemain matin. Ne touchez pas la truffe de Bobby.


Statue de Bum à Edimbourg

Bum, le chien californien adopté par Edimbourg

Contrairement à Bobby, Bum n'a jamais mis les pattes à Édimbourg. Son histoire se déroule à San Diego, en Californie, à la fin du XIXe siècle.

Bum était un chien errant — un bâtard, sans maître, sans pedigree — qui avait conquis la ville de San Diego par son seul caractère. Curieux, sociable, toujours là où il se passait quelque chose, il était devenu une figure locale aimée de tous. La ville l'avait adopté collectivement : les habitants le nourrissaient, les journaux locaux parlaient de lui, il avait même son propre collier fourni par la municipalité. Une mascotte de ville, en quelque sorte.

Bum est mort en 1898. Et il aurait pu rester une anecdote locale californienne, si San Diego et Édimbourg n'avaient pas été villes jumelées.

Dans le cadre de ce jumelage, les deux villes ont échangé des statues symboliques. San Diego a accueilli une réplique de Greyfriars Bobby. Et Édimbourg a reçu une statue de Bum, installée dans le cimetière de St Cuthbert, non loin du château.

C'est un clin d'œil qui dit beaucoup : deux villes très différentes — l'une brumeuse et médiévale, l'autre ensoleillée et récente — réunies autour d'un même attachement aux histoires de chiens devenus des symboles. La fidélité d'un côté, la liberté de l'autre. Bobby qui ne quitte jamais sa place, Bum qui n'en a pas.

Je ne savais pas que sa statue était là. Je déambulais dans le cimetière de St Cuthbert parce que c'est beau et tranquille, et je suis tombée dessus par hasard. À ses pieds, une énorme pile de bâtons déposés par des visiteurs. Des dizaines de gens ont pensé à apporter un bâton à un chien mort depuis 1898. Je ne sais pas pourquoi, mais ça m'a presque émue.


Vue surplombant le cimetière des chiens à Edimbourg

Le cimetière des chiens du Château d’Edimbourg

Celui-là, beaucoup de visiteurs passent devant sans le voir.

À l'intérieur même du château d'Édimbourg, niché près du canon Mons Meg, se trouve un petit enclos discret : le cimetière des chiens de la garnison. Une poignée de pierres tombales, modestes, regroupées dans un espace minuscule. Rien ne le signale vraiment.

Ces tombes datent du XIXe et du début du XXe siècle. Les chiens qui y reposent n'étaient pas des animaux de compagnie ordinaires : c'étaient des mascottes de régiments, ou les compagnons d'officiers stationnés au château. Leurs pierres portent des noms, des dates, et parfois le nom du régiment auquel appartenait leur maître. Ce n'est pas symbolique. Ce sont de vraies sépultures, avec la rigueur et l'attention qu'on réserve à ceux qui comptent.

C'est un endroit étrange, dans le bon sens du terme. On est au cœur d'une forteresse militaire, entouré de touristes et de canons, et il y a là ce petit carré de pierres pour des chiens morts il y a plus d'un siècle. Ça dit quelque chose sur la façon dont les soldats vivaient ici, sur ce que représentait un animal dans un contexte aussi austère. Une présence qui réchauffait.

Si vous visitez le château, cherchez-le. Il est discret, presque invisible au premier coup d'œil. Mais une fois qu'on l'a vu, on ne l'oublie pas.


Ces anecdotes de chiens à Édimbourg racontent bien plus que de simples histoires animales. Elles parlent de fidélité, de mémoire, de liens silencieux entre les humains et leurs compagnons à quatre pattes. À travers ces récits populaires, la capitale écossaise dévoile une facette plus intime de son histoire — faite de petites légendes du quotidien, de chiens devenus symboles, et de lieux chargés de sens que la plupart des visiteurs ne remarquent même pas.

Édimbourg est une ville qui retient ses histoires. Celles de ses humains, bien sûr — mais aussi celles de ses chiens.

Si vous préparez un séjour à Édimbourg et que vous voulez aller au-delà de ces anecdotes, j'ai rassemblé toutes mes recommandations d'activités — testées, assumées, et parfois franchement déconseillées — dans l’article Quoi faire à Edimbourg ?

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