Forio, Ischia : le village qui a résisté aux pirates, sauf à Barberousse
Forio, à Ischia, c'est le genre de village qu'on traverse en pensant l’avoir compris en une demi-journée. Une place principale, quelques terrasses, une église blanche spectaculaire sur le promontoire. C’est joli, oui. Mais Forio a une histoire qui est moins visible, et elle change tout à la façon dont on observe ses ruelles.
Forio est le village le plus à l'ouest d'Ischia — charmant, à taille humaine, et avec une histoire bien plus sombre que sa façade blanche ne le laisse deviner. Voici ce qu'il vaut le coup de voir, comprendre et faire à Forio lors d'un séjour à Ischia.
Forio et les pirates : six siècles de raids sarrasins
Entre les XIVe et XVIe siècles, Forio vit sous la menace permanente des pirates turcs et sarrasins. Des raids nocturnes, sans avertissement. On venait piller, enlever les femmes, réduire hommes et enfants en esclavage. Pas une fois, pas deux — des décennies de terreur récurrente sur une île qui n'avait ni armée ni flotte pour se défendre.
La nuit la plus marquante : le 22 juin 1544. Barberousse débarque à Forio. Amiral de la flotte ottomane, invité officiel du roi de France François Ier, il rentre chez lui après une campagne en Méditerranée et passe par Ischia au passage. Il met le village à feu et à sang, tue les anciens, emmène les autres en esclavage. Cette date est encore commémorée aujourd'hui par une association locale qui organise des visites guidées théâtralisées dans les ruelles.
Ce qui est fascinant, c'est que Forio n'a pas attendu Barberousse pour réagir. Bien avant cette nuit-là, les habitants avaient déjà développé leur réponse. Mais celle ci n’est pas militaire : elle est architecturale.
Les vicoli saraceni : un labyrinthe conçu pour survivre
Quand on se balade dans le centre historique de Forio, on tombe sur un réseau de ruelles étroites, sinueuses, qui semblent partir dans tous les sens. On pourrait croire que c'est le hasard de la construction médiévale. Ce n'est pas du hasard. C'est de l'urbanisme pensé comme une arme.
Les vicoli saraceni — les ruelles sarrasines — ont été conçus pour une seule raison : désorienter l'ennemi tout en permettant aux habitants de fuir dans n'importe quelle direction. Le principe : un assaillant qui entre dans le labyrinthe ne sait plus où il va. Un habitant, lui, connaît chaque passage par cœur.
Le système ne s'arrête pas aux ruelles. Les tours à Forio ont deux morphologies selon leur fonction : celles côté mer, à base circulaire, étaient des postes de guet — on repérait les voiles à l'horizon et on donnait l'alerte. Celles encastrées dans le tissu urbain, à base carrée, servaient de refuges — on se barricadait, on jetait de l'eau bouillante, des pierres, tout ce qui tombait sous la main. Le Torrione, construit en 1480, est la plus connue. Il est encore debout sur le front de mer.
La Chiesa Santa Maria del Soccorso
L'église est blanche, posée sur un promontoire à l'ouest du village, avec les carreaux de faïence colorés qui la rendent immédiatement reconnaissable. La vue sur la mer est spectaculaire. Et vous n’avez encore rien vu.
Ce qui est poignant à l'intérieur, ce sont les ex-voto. Des centaines de plaques et de représentations en métal offertes au fil des siècles par des marins rescapés, des naufragés, des familles qui avaient prié pour un retour. Des maquettes de voiliers suspendues au plafond. Des layettes et broderies. Beaucoup de gens passent à cette église et n’en gardent en mémoire que la vue du promontoire. Les ex-voto, ça se remarque quand on prend le temps de lever les yeux au bon endroit.
Dans une chapelle sur le côté gauche, un crucifix en bois du XVe siècle. La légende raconte qu'il a été trouvé en mer par des marins bloqués à Ischia par une tempête, qui l'ont mis à l'abri dans l'église en attendant de repartir. Quand ils ont voulu le récupérer, le portail d'entrée disparaissait à chaque tentative. Au troisième essai, ils ont compris et l’ont laissé. La croix est encore là, on a juste mis un Jésus en métal dessus.
Les Jardins de Poséidon
Les Jardins de Poséidon sont techniquement à Forio, dans la baie de Citara. C'est le plus grand parc thermal d'Ischia — vingt bassins, plage privée, entrée à 50€. J'en parle en détail dans mon article dédié : le résumé honnête, c'est que c'est bien fait, efficace, et beaucoup plus fréquenté que les photos marketing ne le laissent entendre. À intégrer dans le séjour en connaissance de cause.
les giardini ravino
Moins connus que La Mortella, les Giardini Ravino méritent le détour si vous aimez les jardins un peu étranges. C'est une collection de cactus et de plantes succulentes du monde entier — plusieurs milliers d'espèces — installée sur un terrain en terrasse avec vue sur la mer. L'atmosphère est particulière, presque désertique, contrastant avec la végétation méditerranéenne dense du reste de l'île. Il y a un café sur place — la boisson au cactus vaut l'expérience, en version avec ou sans tequila.
Tenuta Calitto et Casa d'Ambra
Le domaine Calitto est lié à la maison Casa d'Ambra, l'un des producteurs viticoles historiques d'Ischia. La visite permet de comprendre la viticulture de l'île — des vignes sur sol volcanique, des cépages qu'on ne trouve nulle part ailleurs, et une histoire qui mérite vraiment qu'on s'y arrête. J'y consacre un article à part entière, parce que l'histoire de Casa d'Ambra est une des meilleures que j'ai ramenées de ce séjour.
Forio, c'est le genre d'étape qu'on intègre dans une journée de tour de l'île d'Ischia — et qu'on ne voit pas de la même façon une fois qu'on a compris ce que racontent ses ruelles. Le Torrione, les vicoli saraceni, la Chiesa del Soccorso : trois arrêts, deux heures minimum, et une lecture de Forio qui dépasse largement la carte postale.
Pour tout ce qu'il faut savoir avant de poser les valises, direction l'article principal sur Ischia, et pour organiser votre séjour en détail, le roadbook Ischia, l’île-volcan est disponible en boutique — adresses, carte interactive, histoires à écouter, tout ce qu'il faut pour partir sans improviser.